Chronologie

Le FLQ et la crise d'octobre

La crise d’Octobre fait référence à une suite d’événements s’étant produits au Québec, à l’automne 1970. Elle est l’aboutissement d’une longue série d’attaques terroristes perpétrées par le Front de libération du Québec (FLQ), un mouvement indépendantiste québécois. Les felquistes (membres du FLQ) commettent, entre 1963 et 1970, plus de 200 attentats à la bombe et des dizaines de vols, ayant fait six morts. Leurs actions culminent, en octobre 1970, avec les enlèvements du délégué commercial britannique James Cross et du ministre du gouvernement québécois Pierre Laporte, qui sera ensuite assassiné. Le premier ministre fédéral, Pierre Eliott Trudeau, décide de déployer les Forces armées canadiennes et impose la Loi sur les mesures de guerre, une première en temps de paix dans l’histoire canadienne.

Grand titre portant sur la Loi sur les mesures de guerre

mars 01, 1963

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Fondation du FLQ

Le FLQ est fondé par deux Québécois, Raymond Villeneuve et Gabriel Hudon, et par un Belge, Georges Schoeters, qui avait combattu, avec la Résistance, pendant la Deuxième Guerre mondiale. L’idéologie de ces fondateurs, à laquelle adhèrent les membres du mouvement, est façonnée par les éléments les plus radicaux des autres mouvements indépendantistes au Québec, notamment le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN, créé en 1960), le Comité de libération nationale (fondé en 1962), qui promeut la violence à des fins politiques, et le Réseau de résistance (RR, également créé en 1962), qui privilégie les actes de vandalisme comme moyen de contestation politique. Le FLQ est également influencé par des mouvements anticoloniaux et communistes actifs dans d’autres parties du monde, notamment en Algérie et à Cuba.

avril 01, 1963

 

Attentats à la bombe à Montréal

Des bombes explosent sur une voie ferrée du CN et à l’édifice du Revenu national, à Montréal. Après avoir été informé de ces attentats, le premier ministre fédéral John Diefenbaker aurait demandé : « Sommes‑nous en Irlande? »

avril 16, 1963

 

Publication du manifeste du FLQ

Le premier manifeste du FLQ, intitulé « Message du FLQ à la Nation », est publié.

avril 20, 1963

 

Mort d’un agent de sécurité

Wilfrid O’Neil, agent de sécurité de nuit au centre de recrutement des Forces armées canadiennes, situé sur la rue Sherbrooke, dans l’ouest de Montréal, est tué après l’explosion d’une bombe. Le FLQ revendique l’attentat.

mai 17, 1963

 

Attentats à la bombe dans des boîtes aux lettres de Westmount

Au moins 12 bombes, fabriquées avec de la dynamite, dont 5 exploseront, sont placées dans des boîtes aux lettres de Westmount. Le sergent‑major Walter Leja, de l’Armée canadienne, est gravement blessé, lorsque l’une des bombes explose, alors qu’il tentait de la désamorcer.

mai 19, 1963

 

Récompenses offertes

La Ville de Montréal annonce que toute personne qui donnera des renseignements sur le FLQ recevra une récompense de 10 000 $. Le lendemain, le gouvernement du Québec annonce une récompense de 50 000 $.

juin 12, 1963

 

Dix huit membres du FLQ arrêtés après la formation d’une faction militaire

Le 1er juin, la direction du FLQ se réunit et décide de former une faction militaire distincte, l’Armée de libération du Québec (ALQ). Cependant, l’une des personnes présentes à la réunion dénonce le groupe et informe la police des projets du FLQ, provoquant l’arrestation de 18 membres du FLQ le 12 juin.

octobre 01, 1963

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Première publication du FLQ

Le premier numéro de La Cognée, l’organe officiel du Front de libération du Québec, est publié; plus de 60 numéros suivront, jusqu’en avril 1967.

octobre 07, 1963

 

Quatre membres du FLQ plaident coupables

Gabriel Hudon, Raymond Villeneuve, Jacques Giroux et Yves Labonté, 4 des 18 membres du FLQ arrêtés le 12 juin, plaident coupable d’homicide involontaire dans l’affaire du décès de l’agent de sécurité Wilfrid O’Neil et sont condamnés à des peines allant de 6 à 12 années de prison. Une accusation de meurtre contre George Schoeters est abandonnée faute de preuves.

août 29, 1964

 

Vol à l’International Firearms

Le FLQ s’attaque à une armurerie, l’International Firearms, à Montréal, volant plusieurs caisses d’armes et tuant un employé, Leslie McWilliams. Un autre employé, Alfred Pinisch, est abattu, par erreur, par la police, qui le prend pour l’un des voleurs.

juillet 28, 1965

 

Attentat à la bombe dans l’immeuble de la CIBC

Une bombe explose au siège social de la Banque Canadienne Impériale de Commerce (CIBC) à Montréal.

mai 05, 1966

 

Mort d’une secrétaire, tuée par une bombe déposée dans une boîte à chaussures

Thérèse Morin, secrétaire d’une fabrique de chaussures à Montréal, est tuée par une bombe déposée dans une boîte à chaussures.

juillet 14, 1966

 

Décès d’un membre du FLQ

Jean Corbo, un felquiste de 16 ans, est tué à Saint Henri, lorsque sa bombe explose, alors qu’il tente de l’armer.

avril 15, 1967

 

Nouvel organe officiel du FLQ

Après plus de 60 numéros, La Cognée, l’organe officiel du FLQ, est publiée pour la dernière fois. En novembre 1967, le FLQ publie le premier numéro de son nouvel organe, La Victoire, qui présente, notamment, des instructions de fabrication de bombes.

avril 20, 1968

Trudeau, Pierre

 

Nomination du premier ministre fédéral Pierre Eliott Trudeau

Après avoir été élu chef du Parti libéral, alors au pouvoir, Pierre Eliott Trudeau est assermenté comme premier ministre du Canada.

mai 15, 1968

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Publication de Nègres blancs d’Amérique

Nègres blancs d’Amérique, écrit par un membre du FLQ, Pierre Vallières, est publié alors qu’il est emprisonné à New York. Le livre dépeint la classe ouvrière québécoise comme un peuple colonisé, dont les conditions de vie ne pourront être améliorées que par la révolution armée.

juin 25, 1968

 

Victoire du Parti libéral aux élections fédérales

Le Parti libéral de Pierre Eliott Trudeau obtient le droit de former un gouvernement majoritaire, à la suite des élections fédérales.

octobre 13, 1968

René Lévesque

 

Fondation du Parti Québécois

Le Parti Québécois (PQ) naît de la fusion du Mouvement souveraineté‑association (MSA), dirigé par René Lévesque, et du Ralliement national (RN), dirigé par Gilles Grégoire. Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), l’un des premiers mouvements indépendantistes québécois ayant conduit à la création du FLQ, est dissous et ses membres sont invités à adhérer au PQ.

octobre 14, 1968

 

Tentatives d’attentats à la bombe contre des partis politiques

Des bombes sont découvertes et désamorcées au Reform Club de Montréal, qui appartient au Parti libéral du Québec, et au Renaissance Club, associé, lui, à l’Union nationale.

novembre 22, 1968

 

Attentat à la bombe au magasin Eaton

Une première bombe explose au magasin Eaton, un grand magasin au centre‑ville de Montréal, avant qu’une autre bombe ne soit trouvée, évacuée et désactivée.

décembre 31, 1968

 

Quatre bombes

Une bombe explose à l’hôtel de ville de Montréal, tandis qu’une autre est désamorcée. Une troisième bombe explose devant l’édifice du Revenu national à Montréal, une quatrième explosant dans une boîte aux lettres d’Ottawa.

février 13, 1969

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Explosion à la Bourse

Vingt sept personnes sont blessées, lors d’un attentat à la bombe à la Bourse de Montréal, qui provoque, en outre, des dommages estimés à un million de dollars.

mars 03, 1969

 

Pierre Paul Geoffroy arrêté pour des attentats à la bombe

Pierre‑Paul Geoffroy est arrêté, chez lui, au centre‑ville de Montréal, en possession de 161 bâtons de dynamite et de 35 cylindres de Pento‑Mex, un explosif industriel. Il plaide coupable de 129 chefs d’accusation, dont 31 attentats à la bombe perpétrés entre mai 1968 et mars 1969 par le FLQ, notamment l’explosion à la Bourse de Montréal. Il est condamné à 124 peines d’emprisonnement à perpétuité, plus une peine de 25 ans, un record dans le Commonwealth britannique.

mai 05, 1969

 

Détournement d’un avion par des membres du FLQ

Après avoir fui vers les États‑Unis, Jean‑Pierre Charette et Alain Allard, deux felquistes, détournent un Boeing 727 de National Airlines au départ de New York, exigeant d’atterrir à Cuba.

septembre 29, 1969

Jean Drapeau, homme politique

 

Attentat à la bombe au domicile du maire de Montréal

Une bombe explose, vers cinq heures du matin, dans une cage d’escalier extérieure de la résidence du maire de Montréal, Jean Drapeau, qui n’est pas chez lui, à ce moment‑là; sa femme et son fils, qui dorment à l’étage, s’en sortent indemnes.

avril 29, 1970

Robert Bourassa

 

Élections provinciales au Québec

Robert Bourassa et le Parti libéral du Québec remportent les élections provinciales, tandis que le Parti Québécois, qui présente des candidats pour la première fois, rassemble 23 % des suffrages, ne gagnant, toutefois, que 7 sièges sur les 108 que compte l’Assemblée nationale.

juin 24, 1970

 

Explosion au quartier général du ministère de la Défense

La superviseure des communications, Jeanne d’Arc Saint Germain, est tuée lors de l’explosion d’une bombe dans le bâtiment du quartier général de la Défense nationale, à Ottawa.

juillet 12, 1970

 

Tentative d’attentat à la bombe à la Banque de Montréal

Une bombe, composée de 150 lb de dynamite, placée dans une voiture en stationnement, est désamorcée avant qu’elle ne puisse exploser à l’extérieur de la Banque de Montréal, au centre‑ville de Montréal.

octobre 05, 1970

 

Enlèvement de James Cross – Début de la crise d’Octobre

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Le commissaire britannique au commerce James Cross est enlevé à son domicile, à Montréal, par trois hommes armés, dont un déguisé en livreur, peu après 8 heures du matin. Les demandes de rançon reçues par la police au cours de l’après‑midi permettent d’identifier les ravisseurs comme étant les membres de la cellule Libération du FLQ. Il s’agit des époux Jacques Cossette‑Trudel et Louise Lanctôt, du frère de cette dernière, Jacques Lanctôt, ainsi que de Marc Carbonneau, de Nigel Barry Hamer et d’Yves Langlois. En échange de la libération de James Cross, la cellule formule sept demandes, dont la libération de 23 « prisonniers politiques » du FLQ, la remise d’une rançon de 500 000 $, la diffusion et la publication du manifeste du FLQ et la mise à disposition d’un avion en vue d’un transfert, en toute sécurité, vers Cuba ou vers l’Algérie.

octobre 06, 1970

 

Réaction des gouvernements

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Mitchell Sharp, le ministre fédéral des Affaires extérieures, qualifie les demandes du FLQ de « tout à fait déraisonnables », mais ne ferme pas la porte à la poursuite des négociations. Le premier ministre fédéral Pierre Eliott Trudeau annonce clairement que toute décision sera prise conjointement par le gouvernement fédéral et par celui du Québec. La station de radio CKAC reçoit des messages du FLQ, menaçant de tuer James Cross si ses exigences ne sont pas satisfaites.

octobre 07, 1970

 

Descentes de police

La police arrête 30 personnes à la suite d’une série de descentes conduites à l’aube. Jérôme Choquette, le ministre de la Justice du Québec, déclare publiquement qu’il est ouvert aux négociations. Plusieurs journaux francophones publient le manifeste du FLQ. D’autres stations de radio reçoivent des menaces de mort vis à vis de James Cross. CKAC lit le manifeste du FLQ à l’antenne.

octobre 08, 1970

 

Lecture du manifeste sur Radio Canada

Le manifeste du FLQ est intégralement lu, à la télévision, par le présentateur de Radio‑Canada Gaétan Montreuil. Le chef du Parti Québécois, René Lévesque, publie un article dans la presse, implorant le FLQ de ne se livrer à aucune violence à l’égard de James Cross ou de qui que ce soit d’autre.

octobre 09, 1970

 

FLQ prolonge son ultimatum

La cellule Libération apporte la preuve que James Cross est toujours en vie et reporte l’expiration de son ultimatum, pour répondre à ses exigences, au 10 octobre à 18 heures, faute de quoi elle exécutera son otage.

octobre 10, 1970

Pierre Laporte (1921-1970)

 

Enlèvement de Pierre Laporte

Lorsque le premier ministre québécois Robert Bourassa revient d’un voyage de promotion des intérêts commerciaux du Québec, à New York, il fait l’objet de nombreuses critiques, pour avoir quitté la province en temps de crise. René Lévesque demande au gouvernement du Québec de sauver la vie des otages, en satisfaisant aux exigences du FLQ. À 17 h 40, peu de temps avant l’heure d’expiration de l’ultimatum, le ministre de la Justice du Québec, Jérôme Choquette, annonce que si James Cross est libéré, la cellule Libération se verra accorder un transfert, en toute sécurité, hors du Canada, ajoutant qu’aucune de leurs autres exigences ne sera satisfaite. Peu de temps après l’expiration de l’ultimatum, deux membres masqués de la cellule Chénier enlèvent le ministre du Travail et de l’Immigration du Québec Pierre Laporte, pendant qu’il joue, avec son neveu, sur la pelouse située devant sa résidence de Saint‑Lambert (les ravisseurs ont trouvé son adresse dans l’annuaire téléphonique).

octobre 11, 1970

 

Intensification des tensions

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La police est inondée de demandes de protection émanant d’élus québécois. Robert Lemieux, avocat représentant le FLQ, est arrêté. Le communiqué de la cellule Chénier (Paul et Jacques Rose, Bernard Lortie et Francis Simard), menaçant de tuer Pierre Laporte, à moins que les sept exigences du FLQ ne soient satisfaites avant 22 heures, est rédigé dans un ton bien plus militant que celui de la cellule Libération. La cellule Chénier publie également deux lettres, écrites par Pierre Laporte, adressées à sa femme et au premier ministre québécois Robert Bourassa. Peu avant 22 heures, Robert Bourassa annonce à la radio qu’il ne satisfera pas aux exigences du FLQ, tout en restant ouvert à la poursuite des négociations. La cellule Chénier reporte l’exécution de Pierre Laporte.

octobre 12, 1970

 

Communiqués contradictoires

La cellule Libération contredit la cellule Chénier, en publiant un communiqué indiquant que James Cross et Pierre Laporte seront libérés, si les 23 prisonniers du FLQ sont libérés et que la police cesse toute action contre le FLQ. Pendant ce temps, des soldats sont déployés à Ottawa pour protéger des personnalités et des lieux importants. 

octobre 13, 1970

 

« Just watch me » (Regardez moi faire)

Le journaliste de la CBC Tim Ralphe s’entretient avec le premier ministre fédéral Pierre Eliott Trudeau devant l’entrée principale des édifices du Parlement du Canada. Le journaliste se dit préoccupé par l’importante présence militaire dans la ville. Le premier ministre répond : « Il y a effectivement, par ici, de nombreuses “âmes sensibles” qui n’aiment pas voir des gens équipés de casques et de fusils. Eh bien, tout ce que je peux leur dire, c’est “allez‑y, continuez de vous émouvoir”, ça ne changera rien. Pour moi, il est plus important de maintenir la loi et l’ordre au sein de la société que de se préoccuper de gens faibles et timorés. » (Traduction libre) Tim Ralphe demande alors à Pierre Eliott Trudeau jusqu’où il est prêt à aller. Ce dernier lui répond : « Just watch me » (Regardez‑moi faire). Robert Demers, haut responsable du Parti libéral du Québec, entame des négociations avec l’avocat du FLQ Robert Lemieux.

octobre 14, 1970

 

Reprise des négociations

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Les négociations entre Robert Demers et Robert Lemieux se poursuivent, ce dernier représentant désormais les deux cellules, qui ont publié un communiqué conjoint. Une déclaration, signée de 16 personnalités québécoises, condamne les actions violentes du FLQ, mais appelle le gouvernement du Québec à négocier la libération des otages. Le Cabinet fédéral tient une réunion spéciale pour discuter des différentes options possibles, dont le recours à la Loi sur les mesures de guerre.

octobre 15, 1970

 

Rassemblement du FLQ

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Environ 3 000 étudiants participent à un rassemblement en soutien au FLQ; ils appellent les gouvernements à répondre aux exigences des terroristes. Plus tard dans la soirée, le gouvernement du Québec annonce qu’il offrira une libération conditionnelle à cinq prisonniers du FLQ et garantira aux deux cellules un transfert, en toute sécurité, hors du pays, en échange du retour des otages.

octobre 15, 1970

 

Envoi de troupes à Montréal

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Le premier ministre provincial Robert Bourassa annonce qu’il a demandé au gouvernement fédéral l’envoi d’une aide militaire sur le territoire du Québec, en vertu de la Loi sur la défense nationale. En moins d’une heure, 1 000 soldats sont déployés à des endroits clés de Montréal. Robert Bourassa et le maire de Montréal, Jean Drapeau, sollicitent du gouvernement fédéral une aide supplémentaire.

octobre 16, 1970

Grand titre portant sur la Loi sur les mesures de guerre

 

Recours à la Loi sur les mesures de guerre

Le premier ministre Pierre Eliott Trudeau réunit le Cabinet fédéral vers 3 h 15, après avoir été sollicité par le premier ministre du Québec, par les autorités municipales de Montréal et par la police de la Ville, pour que le gouvernement fédéral impose la Loi sur les mesures de guerre afin de faire face à un état « d’insurrection appréhendée » au Québec. Le gouverneur général signe des ordonnances en ce sens vers 3 h 30. En vertu de mesures réglementaires d’urgence, le FLQ est interdit et y adhérer devient un acte criminel. Les libertés civiles sont suspendues et les arrestations ainsi que les détentions sont autorisées, en l’absence d’accusation. Pierre Eliott Trudeau déclare : « Le gouvernement n’avait d’autre choix responsable que d’agir comme il l’a fait », ajoutant « Le sort des deux otages enlevés pèse très lourd dans mon esprit ». Le chef des progressistes‑conservateurs Robert Stanfield, l’ancien premier ministre fédéral John Diefenbaker et le chef du NPD Tommy Douglas expriment tous trois des opinions dissidentes à la Chambre des communes. Tommy Douglas compare cette décision à l’utilisation d’un « marteau pour écraser une mouche ». René Lévesque et Claude Ryan, directeur du Devoir, condamnent également cette décision. Cependant, l’opinion publique canadienne approuve très majoritairement, selon les sondages, le recours à la Loi sur les mesures de guerre.

octobre 17, 1970

 

Pierre Laporte retrouvé mort

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Dans les 48 heures suivant l’imposition, par le premier ministre fédéral, de la Loi sur les mesures de guerre, plus de 250 personnes sont arrêtées, notamment des dirigeants syndicaux, des artistes et des intellectuels. La cellule Libération annonce, dans un communiqué, qui ne sera toutefois pas rendu public avant le 8 décembre, qu’elle suspend indéfiniment l’exécution de James Cross. Il s’agit, apparemment, d’une tentative pour encourager la cellule Chénier à adopter la même position vis‑à‑vis de Pierre Laporte. Cependant, le corps du ministre est retrouvé, à 22 h 50, dans le coffre d’une voiture abandonnée près de l’aéroport de Saint‑Hubert. Une autopsie révélera plus tard qu’il a été étranglé.

octobre 18, 1970

 

Mandats d’arrêt lancés par la police

Des mandats d’arrêt sont lancés par la police à l’encontre de Marc Carbonneau et de Paul Rose, recherchés en liaison avec l’enlèvement et le meurtre de Pierre Laporte. Des mandats supplémentaires, concernant les autres membres de la cellule Chénier, Jacques Rose, Bernard Lortie et Francis Simard, sont ensuite lancés le 23 octobre.

octobre 20, 1970

 

Funérailles de Pierre Laporte

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Les funérailles de Pierre Laporte ont lieu à Montréal, à la basilique Notre‑Dame. À cette date, la police a déjà mené 1 628 descentes, en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.

octobre 25, 1970

 

Élections municipales à Montréal

Le maire de Montréal Jean Drapeau et son parti sont réélus avec 92 % des voix, remportant la totalité des 52 sièges du conseil municipal.

octobre 26, 1970

 

Appel de la femme de James Cross

Un appel de Barbara Cross, la femme de James Cross, au FLQ, est diffusé sur la station de radio CKLM. Elle s’adresse aux ravisseurs, en déclarant : « Je tiens à dire à ceux qui détiennent mon mari que je ne doute pas qu’en tant que victime des circonstances, il sera bien traité. Je les supplie de le libérer sans plus tarder. » (Traduction libre) Pendant ce temps, le ministre de la Justice du Québec annonce que des membres de la Ligue des droits et libertés du Québec seront autorisés à rendre visite aux personnes détenues en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.

novembre 02, 1970

 

Offre de récompense

Le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec offrent conjointement une récompense de 150 000 $ pour tout renseignement menant à l’arrestation des ravisseurs.

novembre 06, 1970

 

Arrestation de Bernard Lortie

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La police fait une descente dans un appartement du quartier montréalais de Côte des Neiges et arrête Bernard Lortie. Cependant, les autres membres de la cellule Chénier qui se cachaient là, derrière un faux mur, dans un placard, réussissent à s’échapper le lendemain.

novembre 13, 1970

 

Inculpation de 46 personnes

À cette date, des accusations ont été portées contre 46 personnes, en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.

novembre 21, 1970

James Cross retenu en captivité

 

James Cross toujours vivant

Les autorités reçoivent une lettre de James Cross, datée du 15 novembre, confirmant ainsi que ce dernier est toujours en vie.

décembre 01, 1970

 

Loi sur les pouvoirs d’urgence provisoires pour le maintien de l’ordre public

Une loi prévoyant « des pouvoirs d’urgence provisoires pour le maintien de l’ordre public au Canada » est adoptée à la Chambre des communes, par 174 voix pour et 31 contre. Elle remplace la Loi sur les mesures de guerre et restera en vigueur jusqu’au 30 avril 1971.

décembre 02, 1970

 

Arrestation de deux membres de la cellule Libération

Jacques Cossette Trudel et son épouse Louise Lanctôt sont arrêtés par la police de Montréal.

décembre 03, 1970

 

Libération de James Cross

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La police négocie la libération de James Cross en échange du transfert à Cuba, en toute sécurité, de tous les membres de la cellule Libération, y compris Jacques Cossette Trudel et Louise Lanctôt, ainsi que leur petite fille. Bien qu’ayant perdu près de 10 kg, après avoir été détenu dans une pièce d’un appartement de Montréal Nord pendant 59 jours, James Cross est toujours en bonne santé. Il n’a pas été blessé et décrit ses ravisseurs comme des gens courtois.

décembre 23, 1970

 

Annonce du retrait des troupes

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Le premier ministre Pierre Eliott Trudeau annonce le retrait du Québec, le 4 janvier 1971, de tous les militaires des Forces armées canadiennes. La Loi sur les pouvoirs d’urgence provisoires pour le maintien de l’ordre public reste en vigueur jusqu’au 30 avril 1971.

décembre 28, 1970

 

Arrestation des membres de la cellule Chénier — fin de la crise d’Octobre

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Paul et Jacques Rose, ainsi que Francis Simard, sont arrêtés dans une ferme, au sud‑est de Montréal. Ultérieurement, le 5 janvier 1971, ils seront accusés, avec Bernard Lortie, de l’enlèvement et du meurtre de Pierre Laporte.

février 03, 1971

 

Conséquences de la Loi sur les mesures de guerre

Un rapport déposé à la Chambre des communes, par le ministre de la Justice fédéral John Turner, révèle que 497 personnes ont été arrêtées, en vertu de la Loi sur les mesures de guerre et de la Loi sur les pouvoirs d’urgence provisoires pour le maintien de l’ordre public, 435 d’entre elles ayant été libérées et 62 mises en accusation, dont 32 détenues sans possibilité de libération sous caution.

mars 12, 1971

 

Indemnisation des détenus

Le ministre de la Justice du Québec, Jérôme Choquette, annonce que le gouvernement provincial versera jusqu’à 30 000 $ d’indemnisation aux personnes injustement détenues en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.

mars 13, 1971

 

Paul Rose condamné à la détention à perpétuité

Paul Rose est condamné à la prison à vie pour le meurtre de Pierre Laporte. Le 30 novembre 1971, il sera également condamné à perpétuité pour l’enlèvement du ministre québécois. Il se voit accorder la liberté conditionnelle le 20 décembre 1982.

avril 30, 1971

 

Expiration de la Loi sur les pouvoirs d’urgence provisoires pour le maintien de l’ordre public

La Loi sur les pouvoirs d’urgence provisoires pour le maintien de l’ordre public, qui avait remplacé la Loi sur les mesures de guerre, expire officiellement.

mai 20, 1971

 

Francis Simard condamné à perpétuité

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Francis Simard est condamné à la réclusion à perpétuité pour le meurtre de Pierre Laporte.

juillet 06, 1971

 

Plaintes justifiées

Le Protecteur du citoyen du Québec dépose un rapport, auprès de l’Assemblée nationale, stipulant que 103 des 238 plaintes concernant l’application de la Loi sur les mesures de guerre et de la Loi sur les pouvoirs d’urgence provisoires pour le maintien de l’ordre public, étaient justifiées et que les plaignants sont donc admissibles à une indemnisation.

septembre 22, 1971

 

Bernard Lortie reconnu coupable

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Bernard Lortie est reconnu coupable de l’enlèvement de Pierre Laporte. Le 22 novembre 1971, il est condamné à 20 ans de réclusion.

décembre 09, 1972

 

Acquittement de Jacques Rose

Après 17 heures de délibérations, étalées sur trois jours, Jacques Rose est acquitté de l’enlèvement de Pierre Laporte, Bernard Lortie ayant refusé de témoigner contre lui, ce qui lui vaudra une condamnation supplémentaire à cinq mois de prison. Le 22 février 1973, un jury acquitte Jacques Rose du meurtre de Pierre Laporte. 

juillet 17, 1973

 

Jacques Rose reconnu coupable

Jacques Rose est reconnu coupable de complicité après coup dans l’enlèvement de Pierre Laporte. Il est condamné à huit ans de prison, le 27 juillet.

juin 24, 1974

 

Refus du Canada d’extrader les terroristes exilés

Le premier ministre Pierre Eliott Trudeau annonce que le Canada ne demandera pas à la France d’extrader Marc Carbonneau et Jacques Lanctôt, qui se trouvent à Paris, après avoir fui à Cuba. Dans les semaines suivantes, on signale qu’Yves Langlois, Jacques Cossette‑Trudel et Louise Lanctôt résident également à Paris.

mars 01, 1978

 

Pétition pour la libération des prisonniers

Une pétition appelant à « la libération immédiate… de tous les prisonniers politiques…» est diffusée par une organisation cofondée par l’avocat du FLQ Robert Lemieux. Elle recueille plus de 50 000 signatures, notamment celles de deux députés péquistes et de nombreuses personnalités de premier plan. Le prisonnier le plus en vue, Pierre‑Paul Geoffroy, responsable de 31 attentats à la bombe entre 1968 et 1969, notamment contre la Bourse de Montréal, s’est vu refuser une libération conditionnelle à trois reprises.

décembre 01, 1978

 

La justice suivra son cours pour les felquistes en exil

Les espoirs d’un « changement de mentalité » à l’égard des terroristes du FLQ, suscités par l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois, en 1976, parmi les nationalistes québécois, s’évanouissent lorsque le nouveau ministre de la Justice, Marc‑André Bédard, déclare que la justice « suivra son cours normal » si les membres du FLQ en exil revenaient au Canada.

décembre 13, 1978

 

Retour de Jacques Cossette Trudel et de Louise Lanctôt

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Jacques Cossette Trudel et son épouse Louise Lanctôt arrivent à Montréal, en provenance de France. Ils sont arrêtés et accusés de complot en vue d’un enlèvement, d’enlèvement, de détention forcée et d’extorsion. Le 31 mai, ils plaident coupables de toutes ces accusations, sauf la dernière, et sont condamnés à sept ans de prison, le 7 août 1979, avant de se voir accorder une libération conditionnelle, en avril 1980. 

janvier 06, 1979

 

Retour de Jacques Lanctôt

Jacques Lanctôt arrive à Montréal, en provenance de France. Il est traduit en justice et libéré sous caution le 11 janvier. Outre les accusations d’enlèvement dans l’affaire James Cross, il est également accusé de complot en vue de l’enlèvement du commissaire au commerce israélien Moshe Golem.

avril 11, 1980

 

Pierre Paul Geoffroy mis en liberté conditionnelle

Le Globe and Mail rapporte que Pierre‑Paul Geoffroy a obtenu une libération conditionnelle, après avoir purgé 11 ans de sa peine (124 peines à perpétuité, plus 25 ans).

juillet 08, 1980

 

Arrestation de Nigel Barry Hamer

Nigel Barry Hamer est arrêté et accusé d’avoir enlevé James Cross. Il plaide coupable de complot, d’enlèvement, de détention forcée et d’extorsion, le 17 novembre 1980. Il est condamné à 12 mois de prison, le 21 mai 1981. 

octobre 09, 1980

 

Publication du rapport Duchaîne

Le rapport Duchaîne est officiellement publié. Il conclut que les politiciens n'ont ni provoqué ni prolongé la crise d'octobre au Québec.

mai 25, 1981

 

Retour de Marc Carbonneau

Marc Carbonneau, membre de la cellule Libération, revient à Montréal, après son exil à Paris. Il est accusé de complot, d’enlèvement, de détention forcée et d’extorsion dans l’affaire James Cross. Il plaide coupable, le 22 octobre 1981. Il est condamné à 20 mois de prison et à trois ans de probation, le 23 mars 1982.

décembre 06, 1981

 

Ovation debout pour Jacques Rose

Jacques Rose est présent au congrès du Parti Québécois, à Montréal, où il reçoit une ovation debout.

septembre 27, 1982

 

Condamnation d’Yves Langlois

Yves Langlois, dernier membre de la cellule Libération à rentrer d’exil, est condamné à deux ans de prison pour l’enlèvement de James Cross. Il obtient sa libération conditionnelle le 27 mai 1983.

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