Loyalistes au Canada

On appelle loyalistes les colons américains, d’origines ethniques diverses, qui ont soutenu la cause britannique lors de la révolution américaine (1775-1783). Des dizaines de milliers de loyalistes immigrent en Amérique du Nord britannique, pendant et après la guerre de la révolution, donnant lieu à une importance croissance démographique et ayant une lourde influence, à la fois politique et culturelle, au sein de ce qui deviendrait plus tard le Canada.



Kings Landing
Ce parc historique reconstitue le style de vie tel qu'il était après l'installation des Loyalistes au Nouveau-Brunswick (photo de J.A. Kraulis/Masterfile).
Ross-Thompson, maison
Début des années 1780, à Shelburne, en Nouvelle-Écosse (photo de Hellmut W. Schade, Scholastic Slide Service).
Loyalistes à l
En 1783, une vague de loyalistes remontent le Saint-Laurent et s'arrêtent à la jonction avec le lac Ontario, où leur campement se développe et donne naissance à la ville de Kingston. Dessin réalisé par James Peachey (avec la permission de la collection John Ross Robertson/Metropolitan Toronto Library).

En quoi croyaient les loyalistes?

Tandis que les rebelles américains se battent pour leur indépendance vis-à-vis la Grande-Bretagne, les loyalistes donnent leur appui à la « mère patrie » pour toutes sortes de raisons. Plusieurs d’entre eux se sentent personnellement liés à la Couronne; d’autres craignent que la révolution ne sème le chaos en Amérique. La majorité d’entre s’accordent à reconnaître les torts causés aux Américains par la Grande-Bretagne, mais croient qu’il est possible de trouver un terrain d’entente avec l’Empire.

D’autres encore se considèrent comme opprimés ou menacés au sein de la société américaine, et cherchent par conséquent une aide extérieure. On retrouve parmi ceux-ci des membres de minorités ethniques ou religieuses, des nouveaux arrivants n’ayant pas tout à fait trouvé leur place au sein de la société américaine, ainsi que des Noirs et des Autochtones. Enfin, certains sont alléchés par la perspective de terres gratuites et d’indemnités.

Soutenir la Couronne représente une dangereuse allégeance; en effet, ceux qui s’opposent aux forces révolutionnaires peuvent se voir retirer leurs droits civils, être sujets à des menaces, voire même être emprisonnés. Les biens des loyalistes sont vandalisés, souvent confisqués.

Pendant la Révolution, plus de 19 000 loyalistes se rangent au service de la Grande-Bretagne dans des corps militaires provinciaux spécialement formés, aux côtés de plusieurs milliers d’alliés autochtones. D’autres trouvent un abri pendant la guerre dans des bastions comme New York ou Boston, ou dans des camps de réfugiés comme ceux dressés à Sorel et à Machiche, au Québec. Entre 80 000 et 100 000 d’entre eux finissent par prendre la fuite, dont environ la moitié au Canada.

Qui étaient les loyalistes au Canada?

Afin de déterminer qui, parmi ses sujets, serait éligible à des dédommagements pour les pertes encourues pendant la guerre, la Grande-Bretagne fait paraître une définition assez précise du loyaliste : toute personne qui, née en Amérique ou y résidant au moment de l’éclatement de la Révolution, a rendu de précieux services à la cause royale pendant la guerre, et a quitté les États-Unis avant la fin de la guerre ou peu après.

Ceux ayant immigré bien plus tard, souvent pour acquérir des terres, ou encore en raison de l’intolérance raciale grandissante, sont habituellement appelés des « loyalistes de la dernière heure ».

La plupart des loyalistes ne sont ni riches, ni issus d’une classe sociale élevée; la plupart d’entre eux sont des fermiers, des laboureurs, des commerçants et leurs familles. Ils proviennent de milieux culturels fort différents, et beaucoup sont de nouveaux immigrants. Les loyalistes blancs, notamment, amènent avec eux bon nombre de personnes réduites en esclavage. Avant 1834, l’esclavage est légal dans toutes les colonies de l’Amérique du Nord britannique à l’exception du Haut-Canada (Ontario), où cette pratique est abandonnée progressivement (voir Chloe Cooley et la loi visant à restreindre l’esclavage dans le Haut-Canada).

LE SAVIEZ-VOUS?
Pour encourager les loyalistes blancs à immigrer vers le nord, le gouvernement instaure la Loi impériale de 1790 qui permet aux loyalistes de l’Empire-Uni d’importer sans taxes leurs « nègres, meubles, outils d’élevage et vêtements ». Selon la loi, il leur est interdit de vendre ces biens personnels dans l’année suivant leur arrivée dans la colonie (voir Esclavage des Noirs au Canada).

Les Noirs libres et les esclaves affranchis ayant combattu dans les corps militaires loyalistes et environ 2 000 alliés autochtones, principalement des Haudenosaunee originaires de l’État de New York, s’établissent eux aussi au Canada.

En 1789, lord Dorchester (voir Guy Carleton), gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique, déclare que les loyalistes et leurs enfants devraient être autorisés à ajouter la mention « EU » à leurs noms, « en référence à leur cause, l’unité de l’Empire ». Ainsi, la devise « loyaliste de l’Empire Uni », ou LEU, est appliquée aux loyalistes ayant immigré au Haut et au Bas-Canada (Québec). Ce terme n’est officiellement reconnu dans les Maritimes qu’au 20e siècle (voir aussi United Empire Loyalists’ Association of Canada).

Loyalistes noirs

Quelque 3 500 loyalistes noirs, hommes, femmes et enfants esclaves et affranchis, arrivent dans les Maritimes. Plusieurs sont attirés par la promesse de 100 acres pour chaque chef de famille et 50 acres supplémentaires pour chaque membre de la famille, en plus de provision. Les loyalistes noirs s’installent dans des colonies situées tout près de Shelburne, de Digby, de Chedabucto (Guysborough) et d’Halifax. Certains, comme Richard Pierpoint – un esclave affranchi – obtiennent leur liberté en se battant pour la Couronne britannique durant la Révolution américaine. La plupart est cependant contrainte à l’esclavagisme et emmenée dans les colonies britanniques comme butin de guerre ou comme propriété des loyalistes. Dans les années 1790, le nombre Noirs réduits en esclavage au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard se situe entre 1 200 et 2 000 (voir L’arrivée des loyalistes noirs en Nouvelle-Écosse).

LE SAVIEZ-VOUS?
Le troisième roman de Lawrence Hill, Aminata, est une œuvre de fiction à caractère historique inspirée du document intitulé le « Livre des Noirs», une liste de loyalistes noirs de New York qui ont fui vers le Canada en 1783 lors de la Révolution américaine.

Peuplement des loyalistes au Canada

Les principales vagues d’immigration loyaliste arrivent dans ce qui est maintenant le Canada en 1783 et en 1784. Plus de 30 000 d’entre eux s’établissent dans le territoire des futures Maritimes. Une grande partie de la côte de la Nouvelle-Écosse accueille des loyalistes, tout comme le Cap-Breton et l’Île-du-Prince-Édouard (appelée à l’époque l’île St. John’s). Les deux principaux lieux d’établissement sont la vallée du fleuve Saint-Jean, dans le Nouveau-Brunswick actuel, et plus temporairement Shelburne, en Nouvelle-Écosse. Les loyalistes s’ajoutent en si grand nombre à la population des Maritimes que les colonies du Nouveau-Brunswick et du Cap-Breton sont créées, en 1784, pour répondre aux besoins de tant de nouveaux arrivants.

Des 2 000 loyalistes s’étant établis dans ce qui est aujourd’hui le Québec, certains s’installent à Gaspé, dans la baie des Chaleurs, ou encore à Sorel, à l’embouchure de la rivière Richelieu. Environ 7 500 d’entre eux s’implantent sur le territoire de l’Ontario actuel, surtout le long du fleuve Saint-Laurent jusqu’à la baie de Quinte. On recense également des immigrations d’importance dans la péninsule du Niagara et la rivière Détroit, et des établissements secondaires le long de la rivière Thames et à  Long Point. Le gouvernement britannique accorde aux Six-Nations de la confédération des Haudenosaunee (Iroquois) du nord de l’État de New York une concession de terre le long de la rivière Grand en récompense de leur loyauté envers la Grande-Bretagne. La ville de Brantford, située au bord de la rivière, est nommée en l’honneur du célèbre chef Joseph Brant (Thayendanegea).

L’arrivée massive des loyalistes fournit à la région sa première population d’importance et mène donc à la création d’une province distincte, le Haut-Canada, en 1791. Les loyalistes s’empressent de mettre sur pied nombre d’institutions éducationnelles, religieuses et gouvernementales.

LE SAVIEZ-VOUS?
L’anglais que parle la plupart des Canadiens est similaire à l’anglais américain. Plusieurs linguistes attribuent cela à l’influence des loyalistes qui ont contribué à établir la population anglophone du Canada, créant ainsi une origine commune avec l’anglais américain (voir Anglais canadien).

Quoique rapidement surpassés en nombre par des vagues d’immigrations ultérieures, les loyalistes et leurs descendants, à l’instar de Egerton Ryerson, exercent une influence à la fois forte et durable. Le Canada moderne retient de nombreux héritages loyalistes, parmi lesquels un certain conservatisme, un penchant pour l’« évolution » plutôt que la « révolution » en ce qui concerne le gouvernement et l’ouverture à une société plurielle et multiculturelle.

Voir aussi United Empire Loyalists’ Association of Canada.


Lecture supplémentaire

  • W. Brown, The Good Americans (1969); M.B. Fryer, King's Men (1980); B. Graymont, The Iroquois in the American Revolution (1972); Bruce G. Wilson, As She Began (1981); E.C. Wright, The Loyalists of New Brunswick (1955).

Liens externes