Jour du Souvenir au Canada

Le jour du Souvenir est une journée commémorative annuelle qui est observée dans de nombreux pays du Commonwealth, y compris au Canada, pour célébrer la mémoire de ceux qui sont morts en service militaire et honorer ceux qui ont servi en temps de guerre. Le jour du Souvenir est observé chaque année au Canada le 11 novembre – l’anniversaire de l’Accord d’armistice de 1918 qui a mis fin à la Première Guerre mondiale. Au cours de cette journée, les cérémonies publiques et les services religieux prévoient souvent l’interprétation du « dernier appel » (Sonnerie aux Morts), la lecture du poème « Au champ d’honneur » et deux minutes de silence à 11 h. Des couronnes de fleurs sont déposées au pied des monuments aux morts et des rassemblements sont organisés dans les écoles. Le coquelicot est le symbole du jour du Souvernir, inspiré par le poème « Au champ d’honneur », écrit par le lieutenant-colonel John McCrae. La Légion royale canadienne vend des coquelicots à épingle que des millions de Canadiens portent durant plusieurs semaines avant le 11 novembre.

Tomb of the Unknown Soldier

Memorializing Fallen Soldiers

Commémoration des soldats morts au combat

Les Canadiens ont commémoré pendant de nombreuses années les soldats morts au combat lors du Decoration Day et du jour de Paardeberg avant l’adoption, en 1919, de l’anniversaire de l’Armistice pour le jour du Souvenir.

Decoration Day

En 1890, les anciens combattants de la bataille de Ridgeway (2 juin 1866) ont manifesté devant le monument des volontaires canadiens dans le Queens Park, à Toronto, en déposant des fleurs au pied du monument le jour du 24e anniversaire de la bataille. L’histoire de la bataille de Ridgeway a en effet été effacée de l’histoire et du patrimoine militaires canadiens et le gouvernement canadien n’a reconnu qu’avec réticence les anciens combattants qui ont participé à cette bataille.

Près de 850 soldats canadiens ont combattu quelque 750 à 800 fenians irlando-américains à Ridgeway. Neuf Canadiens ont été tués au combat et 33 ont été blessés (voir aussi Raids des fenians).

La manifestation des anciens combattants donnera par la suite lieu à une commémoration annuelle – Decoration Day – au cours de laquelle les tombes et les monuments en l’honneur des soldats canadiens sont décorés de fleurs. Pendant 30 ans, Decoration Day, fixé à la deuxième fin de semaine la plus proche du 2 juin, est l’une des commémorations militaires canadiennes les plus populaires. L’hommage rendu aux soldats canadiens tombés durant la bataille de Ridgeway est vite étendu à ceux tués durant la Rébellion du Nord-Ouest (1885), la guerre d’Afrique du Sud (1899-1902) et la Première Guerre mondiale (1914–1918).

Jour de Paardeberg

Avant la Première Guerre mondiale, les Canadiens rendent hommage à leurs soldats tués outremer le jour de Paardeberg – le 27 février – l’anniversaire de la bataille de Paardeberg en 1900, durant la guerre d’Afrique du Sud. Cette bataille se solde par la première victoire militaire du Canada à l’étranger.

De 1901 au début de la Première Guerre mondiale en 1914, le public se rassemble sur les places publiques des villes d’un bout à l’autre du pays, autour des nouveaux monuments commémorant les morts de la guerre d’Afrique du Sud, pour rendre hommage aux soldats qui ont servi dans ce pays. Le jour de Paardeberg était cependant plus une célébration de la victoire et une affirmation de la loyauté du Canada envers l’Empire britannique qu’une journée de recueillement à la mémoire des soldats tombés au combat.

Première Guerre mondiale

L’horreur et l’hécatombe de la Première Guerre mondiale(1914-1918) changent l’idée que les Canadiens se font de la guerre. Des millions de personnes, dont 61 000 Canadiens, ont été tuées en mer et sur les champs de bataille dans toute l’Europe. Le Canada s’est battu du côté des vainqueurs, mais la célébration de la victoire a été remplacée par une commémoration solennelle et le sentiment que la nation est redevable envers ces soldats, la plupart des jeunes gens, qui ont perdu leur vie au combat.

Cette dette sera honorée successivement par les générations présentes et à venir grâce à l’acte simple du souvenir du sacrifice de ces soldats.

Jour de l’Armistice

En avril 1919, après la fin de la Première Guerre mondiale, le député Isaac Pedlow présente devant la Chambre des communes une motion visant à instituer un « jour de l’Armistice », à célébrer non pas le 11 novembre, mais le second lundi de ce même mois.

Le Parlement en est encore au stade des discussions concernant la date à choisir pour cette commémoration lorsque le roi George V lance un appel à l’Empire britannique le 6 novembre 1919. Il demande que l’armistice qui a mis fin aux combats soit célébré par l’arrêt de toute activité et l’observation de deux minutes de silence à 11 h, le 11 novembre, précisément la date et l’heure à laquelle a été signé l’armistice en 1918. Les Canadiens commémorent ainsi le jour de l’Armistice le 11 novembre 1919 et 1920.

En mai 1921, une loi adoptée par le Parlement énonce qu’un jour de l’Armistice doit être célébré le lundi de la semaine sur laquelle tombe le 11 novembre. Étrangement, cette journée se superpose à la célébration de l’Action de grâce, qui est l’occasion de manifestations sportives, de dîner autour d’une dinde rôtie et de festivités bon enfant. Cette anomalie, qui rend le public perplexe et les anciens combattants de la Première Guerre mondiale mécontents, est éliminée le 18 mars 1931 lorsque le député A.W. Neil présente une motion proposant que le jour de l’Armistice soit célébré le 11 novembre et « à aucune autre date ».

Un autre député, C.W. Dickie, propose de rebaptiser le jour de l’Armistice, jour du Souvenir. Ce nouveau nom est censé marquer davantage le souvenir de la mort des soldats tombés au combat. Le Parlement adopte ces résolutions sous la forme d’une modification de la Loi sur le jour de l’Armistice, et le Canada célèbre son premier jour du Souvenir le 11 novembre 1931. La Loi instituant des jours de fête légale de 1970 et 1985 reconnaît la journée comme un jour férié national.

En France et en Belgique, le 11 novembre est toujours célébré comme étant le jour de l’Armistice, tandis qu’en Grande-Bretagne, le dimanche du Souvenir tombe le deuxième dimanche de novembre. Aux États-Unis, on rend également hommage aux anciens combattants le 11 novembre, à l’occasion du Veterans Day (journée des anciens combattants).

Autres guerres

Au Canada, le jour du Souvenir s’est avéré être flexible et durable. La journée a évolué dans son principe et inclut aujourd’hui le souvenir des morts de la Deuxième Guerre mondiale, de la guerre de Corée et de la guerre en Afghanistan, ainsi que des missions de maintien de la paix et d’autres engagements militaires à l’étranger. En tout et pour tout, plus de 1,6 million de Canadiens ont servi dans les Forces armées canadiennes et plus de 118 000 d’entre eux ont péri dans des conflits étrangers.

Fantassins près de Nimègue, en Hollande
Alex Colville, « Infantry, near Nijmegen, Holland ». CWM 19710261-2079 / Beaverbrook Collection of War Art, Canadian War Museum
LE SAVIEZ-VOUS?
L’expression « N’oublions pas » est souvent utilisée lors des cérémonies de commémorations pour mettre en garde le public contre l’oubli de ceux qui sont morts au combat. L’expression s’inspire d’un verset biblique – « Garde-toi d’oublier (…) », dans Deutéronome 6:12 –, mais la forme actuelle remonte au refrain d’un poème de Rudyard Kipling, Recessional, composé pour le jubilé de diamant de la reine Victoria de 1897.

Coquelicot

Le symbole du jour du Souvenir est le coquelicot, qui pousse sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, dans la Flandre (en Belgique) et le Nord de la France. L’utilisation du coquelicot comme symbole de la mort et du renouveau est antérieure à la Première Guerre mondiale et remonte aussi loin que les guerres napoléoniennes, au 19e siècle. Les graines de cette fleur peuvent rester dormantes dans le sol pendant des années, mais elles germent et s’épanouissent en abondance lorsque le sol est remué. Lorsque les barrages d’artillerie commencent à labourer la terre à la fin de 1914, les champs des Flandres et du Nord de la France sont rapidement envahis de coquelicots.

Coquelicot
(photo par Joseph Moore).

La première personne à utiliser un coquelicot comme symbole du souvenir est Moina Michael, membre du YMCA américain à l’étranger, qui s’inspire alors du poème du lieutenant-colonel John McCrae « Au champ d’honneur ». Moina Michael fait le vœu de « toujours porter un coquelicot des champs de Flandre en signe de souvenir » et pour symboliser le vœu de « garder au fond de l’âme le goût de vivre en liberté » exprimé dans le poème.

John McCrae écrit son fameux poème en 1915, dans une ambulance de campagne canadienne stationnée au nord d’Ypres, en Belgique, s’inspirant du champ de bataille qui s’étale devant lui, couvert de coquelicots :

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encore
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.

Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur
[trad. Jean Pariseau]

Manuscrit de In Flanders Fields
John McCrae a écrit ce poème en 20 minutes pendant la Bataille d'Ypres. Cela deviendra le plus célèbre poème de guerre (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-128809).

Le 9 novembre 1918, Moina Michael partage son vœu avec ses collègues, qui réclament elles de porter tout comme elle un coquelicot. Le lendemain, elle achète 25 coquelicots en soie avec l’argent qu’elle reçoit des employées du YMCA pour son travail lors d’une conférence de l’association dans la ville de New York. Elle en agrafe un au col de son manteau et donne les autres à ses collègues. Au fil des ans, elle parvient à populariser le coquelicot comme symbole du souvenir. La Légion américaine adopte le symbole lors de sa conférence, en avril 1920, après avoir entendu Moina Michael faire campagne.

Anne Guérin, en France, est elle aussi inspirée par la campagne. Elle aussi a été émue par le poème de John McCrae et elle deviendra une ardente partisane du coquelicot. Anne Guérin crée l’American and French Children’s League, qui lève des fonds en vendant des coquelicots en tissu pour venir en aide aux gens qui souffrent dans la France ravagée par la guerre, en particulier les enfants orphelins. En 1921, elle se rend en Grande-Bretagne et au Canada et parvient à persuader la Légion britannique et la Great War Veterans Association of Canada (qui deviendra plus tard la Légion royale canadienne) d’adopter elles aussi le coquelicot comme symbole du souvenir.

Dans les deux pays, la première « journée du coquelicot » est célébrée le 11 novembre 1921. Pour cette première célébration, l’organisation d’Anne Guérin en France envoie des coquelicots artificiels au Canada. En 1922, les coquelicots de revers sont déjà fabriqués et distribués par les anciens combattants au Canada. La Légion royale canadienne mène tous les ans au Canada, depuis sa création en 1925, la « Campagne du Coquelicot ».

Aujourd’hui, le 11 novembre et durant les quelques jours qui précèdent, des millions de Canadiens portent l’emblème rouge vif, symbole du souvenir. La Campagne du Coquelicot permet de lever des fonds pour soutenir les anciens combattants et leurs familles.

LE SAVIEZ-VOUS?

Le poème « For the Fallen » a été écrit en 1914 par Laurence Binyon. Après sa publication, la quatrième strophe devient connue comme étant l’« Ode au souvenir » ou l’« Act du souvenir ». Cette strophe est souvent gravée sur les cénotaphes, les monuments aux morts et les pierres tombales des cimetières de guerre dans les pays de langue anglaise.

They shall grow not old, as we that are left grow old:
Age shall not weary them, nor the years condemn;
At the going down of the sun, and in the morning,
We will remember them.

Autres symboles

Le jour du Souvenir, les cérémonies publiques et les services religieux incluent souvent le « dernier appel », suivi de « réveille », la lecture du poème « Au champ d’honneur » et deux minutes de silence à 11 h. Des couronnes de fleurs sont déposées aux monuments aux morts et des rassemblements sont organisés dans les écoles.

Le jour du Souvenir, 2010
Des anciens combattants assistant à une cérémonie du jour du Souvenir à Halifax, le 11 novembre 2010 (avec l’aimable autorisation de Canadian Press Images).
LE SAVIEZ-VOUS?
Le « dernier appel » était un appel au clairon militaire joué à la fin de la journée pour signifier que les sentinelles étaient à leur poste et prêtes pour la nuit à venir. Lors des cérémonies du jour du Souvenir, le dernier appel symbolise la mort. Il est suivi de deux minutes de silence, à la fin desquelles est lancé l’appel au clairon « réveille ». « Réveille » est le premier appel au clairon lancé le matin. Lorsqu’il est joué le jour du Souvenir, il symbolise la résurrection de l’esprit des soldats tombés au champ de bataille.

Les Livres du Souvenir, qui sont gardés dans la chapelle du Souvenir de la Tour de la Paix sur la Colline du Parlement à Ottawa, conservent également une trace des guerres. Les huit ouvrages contiennent en effet les noms de plus de 118 000 soldats canadiens morts durant leur service militaire ou dans la marine marchande. Chaque ouvrage traite d’un conflit étranger, de la guerre de 1812, de la guerre d’Afrique du Sud et de l’expédition du Nil aux conflits du 21e siècle, en passant par les guerres mondiales et la guerre de Corée. Le Livre du Souvenir de Terre-Neuve inclut les noms des Terre-Neuviens tombés durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, lorsque Terre-Neuve et le Labrador ne faisaient pas encore partie du Canada.

Les monuments commémorant les vies canadiennes perdues lors des conflits outremer occupent une place importante dans les villages et villes partout au Canada. Érigés pour la plupart dans les années 1920 et 1930 à la suite de la Première Guerre mondiale (les noms des guerres ultérieures ont été ajoutés plus tard sur nombre de ces monuments), ces monuments représentent l’engagement des communautés, grandes ou petites, à ne jamais oublier le sacrifice des soldats canadiens (voir Monuments des deux grandes guerres).

Chaque année, la Légion royale canadienne choisit la mère d’un soldat des forces armées tombé au combat pour représenter les mères des anciens combattants canadiens. Baptisée la Mère nationale décorée de la Croix commémorative (d’argent), elle est ensuite invitée à la cérémonie du Souvenir à Ottawa.

Monument commémoratif de guerre du Canada

Le monument de guerre le plus important du Canada est le Monument commémoratif de guerre du Canada, situé à Ottawa, auprès duquel, tous les 11 novembre, une célébration télévisée du jour du Souvenir a lieu en compagnie du gouverneur général, du premier ministre, de plusieurs cadres supérieurs de la Légion et d’une parade d’anciens combattants.

La Tombe du Soldat inconnu est située au pied du Monument commémoratif de guerre du Canada (voir Soldat inconnu). Elle contient les restes d’un soldat canadien non identifié tué lors de la Première Guerre mondiale qu’on a rapatrié en 2000 d’un cimetière près de la crête de Vimy, en France. La tombe représente tous les Canadiens morts à l’étranger et enterrés dans des tombes anonymes.

Le jour du Souvenir est un jour férié décrété par le gouvernement fédéral (un jour de congé payé pour ses employés). C’est également un jour férié officiel dans les provinces et les territoires, à quelques exceptions près.