Ursulines au Canada

Les Ursulines sont un ordre religieux féminin de l’Église catholique romaine dévoué à l’éducation des filles. L’ordre existe au Canada depuis l’arrivée de la sœur ursuline Marie de l’Incarnation en Nouvelle-France en 1639. Bien qu’elles se consacrent initialement à l’éducation et au travail missionnaire auprès des jeunes Autochtones, les Ursulines se tournent graduellement vers l’éducation des jeunes Canadiennes-françaises. Fortes d’une expansion sur le terrain et d’une hausse du nombre de leurs membres entre le 18e et le 20e siècle, les Ursulines s’imposent comme un acteur important dans l’éducation des filles, surtout au Québec. Les Ursulines ouvrent le premier monastère en Nouvelle-France ainsi que la première école pour filles en Amérique du Nord (voir Monastère des Ursulines).



Marie de l'Incarnation
(avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/R5027-1)

Fondation et origines

Nommées en l’honneur de Sainte-Ursule, les Ursulines constituent un ordre religieux féminin de l’Église catholique romaine dévoué à l’éducation catholique des filles. Sainte Angèle Merici fonde l’ordre en 1535 à Brescia, qui fait alors partie de la République de Venise. Dès le départ, les Ursulines jouent un rôle éducatif, enseignant la doctrine chrétienne aux filles et aux femmes. À la fin du 16e siècle, l’ordre se déploie dans ce qui est aujourd’hui l’Italie et la France, un développement qui contribue à une hausse du nombre de ses membres et à son implantation dans d’autres parties de l’Europe.

En 1633, Marie Guyart (1599-1672) se joint à la congrégation à Tours, en France, et prend le nom de Marie de l’Incarnation. À peine six ans plus tard, elle part pour la Nouvelle-France avec deux ursulines – Marie de Saint-Joseph et Cécile de Sainte-Croix –, la veuve aristocrate Madame Marie-Madeleine de Chauvigny de La Peltrie (1603-1671) et trois sœurs augustines.

À leur arrivée à Québec, elles développent de bonnes relations avec les Jésuites et entreprennent leur mission de convertir les peuples autochtones au catholicisme (voir Missions et Missionnaires). Pour atteindre leur objectif, les Ursulines fondent en 1639 un monastère temporaire ainsi que l’École des Ursulines (voir Monastère des Ursulines). Grâce au soutien financier de Madame de La Peltrie, une structure permanente est mise sur pied sur un terrain offert par la Compagnie des Cent-Associés : le Séminaire Saint-Joseph. L’érection d’un monastère permanent est complétée en 1642.

Couvent des Ursulines
Le premier couvent des Ursulines est construit en 1642. Cette illustration de Joseph Légaré est une vue d'ensemble. (avec la permission du couvent des Ursulines).

Les Ursulines accueillent notamment comme pensionnaires des filles abénakises, algonquines, wendat, haudenosaunee, montagnaises et nipissing généralement âgées de 6 à 16 ans. Marie de l’Incarnation apprend même plusieurs langues algonquines et iroquoiennes pour faciliter l’apprentissage et pour accélérer l’assimilation des jeunes Autochtones à la culture et à la religion françaises (voir Langues autochtones au Canada).

Les Ursulines enseignent la lecture, l’écriture, l’arithmétique et la musique en plus du travail domestique qui inclut des tâches comme la couture et la broderie. Malgré une fréquentation de près de 20 filles en 1640 et certaines indications précoces de conversion (comme le baptême et la première communion), le nombre de jeunes filles autochtones formées par les Ursulines est très bas. En fait, selon l’historien Marcel Trudel, seulement 69 filles autochtones et 6 filles dont un parent est Autochtone et l’autre est Français sont formées entre 1639 et 1686, comparativement à 514 filles canadiennes-françaises.

Les Ursulines viennent en aide aux « Filles du roi », de jeunes femmes célibataires parrainées par le roi pour qu’elles immigrent en Nouvelle-France entre 1663 et 1673, à leur arrivée sur le territoire.

Religieuses ursulines
Premières religieuses ursulines avec des étudiantes autochtones, à Québec. (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/C-010520)

Appartenance et expansion

Le nombre d’ursulines en Nouvelle-France augmente au fur et à mesure que l’ordre se désintéresse du travail missionnaire pour se concentrer sur la nourriture spirituelle et l’enseignement en classe des jeunes Canadiennes-françaises. En 1656, il y a 13 ursulines en Nouvelle-France. En 1686, ce nombre a plus que doublé. Deux tiers des membres sont des Canadiennes de naissance. Les Ursulines sont si nombreuses et ont si bonne réputation que le second évêque de Québec, Monseigneur de Saint-Vallier, exige qu’elles ouvrent un monastère à Trois-Rivières, d’abord établi en 1697. Le nombre de membres est d’environ 40 en 1700 et de 60 en 1740.

Suivant la Conquête de Québec durant la guerre de Sept Ans (1756-1763), les autorités britanniques permettent à la majorité française d’exercer sa foi. Pour leur part, les Ursulines maintiennent leurs institutions, leurs règlements et leurs pratiques religieuses. Elles font face à des restrictions quant au recrutement et peinent à mettre la main sur des textes en français, mais leur nombre augmente, aussi bien que celui des élèves, quand ces problèmes sont largement réglés vers la fin du 18e siècle.

Au 19e siècle, les Ursulines s’aventurent graduellement au-delà du territoire de base que constitue le Québec/Bas-Canada et se rendent un peu partout en Amérique du Nord. Des missionnaires sont envoyées en Louisiane, au Massachusetts, au Texas et au Montana.

En 1840, les Ursulines sont un de cinq ordres religieux féminins dans la colonie. Avec la forte augmentation d’ordres féminins et masculins dans le Québec du milieu du 19e siècle, les Ursulines perdent leur quasi-monopole sur l’éducation des filles à Québec et à Trois-Rivières. Quoi qu’il en soit, les Ursulines ouvrent de nouveaux monastères et de nouvelles écoles partout au Québec, notamment à Roberval (1882), à Stanstead (1884) et à Rimouski (1906). En 1860, l’expansion au Canada anglais commence déjà à Chatham, au Canada Ouest (aujourd’hui l’Ontario). De la fin du 19e siècle au milieu du 20e siècle, plusieurs autres communautés ursulines voient le jour dans des villes et de petits villages d’un bout à l’autre du pays. Qui plus est, des ursulines formées au Canada vont parfois, à titre de missionnaires, fonder des écoles affiliées aux monastères canadiens dans des contrées lointaines comme la Chine, le Japon, le Pérou et les Antilles.

Les Ursulines au Canada opèrent dans des communautés indépendantes sous l’autorité exclusive des évêques locaux. Cependant, pour assurer une certaine unité et pour fournir un soutien hiérarchique, trois communautés basées à Québec fusionnent en 1931, formant la Congrégation des Ursulines de Québec. Cette conglomération s’agrandit en 1953 avec la création de l’Union canadienne des Moniales de l’Ordre de Sainte-Ursule. La nouvelle organisation unifie les monastères des Ursulines de Québec, de Trois-Rivières, de Rimouski et de Gaspé, ainsi que leurs homologues missionnaires du Japon, suivis quelques années plus tard par d’autres communautés au Canada, au Pérou et aux Philippines.

Spiritualité

La spiritualité des Ursulines vise à louer Dieu et à rapprocher la communauté de Jésus et du salut. Pour arriver à cette fin, les membres respectent les règles, vont à la messe et reçoivent la communion régulièrement, prient, font des lectures spirituelles et assistent à des conférences. Comme tout autre ordre religieux dans la foi catholique, les Ursulines font vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance comme moyens pour trouver le salut. En raison de leur vocation éducative, un quatrième vœu d’enseignement est inclus.

Éducation

Bien que les sujets enseignés varient selon l’époque et la région, l’enseignement consiste en une éducation religieuse et met l’accent sur la préparation de filles catholiques à la vie conjugale et à la maternité.

L’éducation religieuse va de pair avec l’éducation scolaire. Au 18e siècle, les Ursulines enseignent la lecture, la grammaire, l’écriture, l’arithmétique, l’orthographe, l’histoire religieuse, les différentes formes de couture, les bonnes manières, la peinture et le chant. Parmi les plus célèbres élèves de cette période, on compte Marie-Marguerite d’Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal (mieux connues sous le nom des Sœurs grises) et première sainte Canadienne de naissance dans l’Église catholique.

Marie-Marguerite d'Youville
Sainte Marie-Marguerite d'Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité, fut la première personne née au Canada à être canonisée (avec la permission des Sœurs grises [Sœurs de la Charité] de l'Alberta).

Au 19e siècle, les Ursulines de Québec offrent une éducation qui rivalise avec les enseignants catholiques partout dans le monde. Leur programme inclut désormais l’arithmétique, les grammaires anglaise et française, la rhétorique, l’histoire (ancienne, moderne et sacrée), la géographie, l’astronomie, la physique, la botanique, la chimie, la musique vocale, un large éventail d’instruments de musique, le dessin et une variété d’arts domestiques.

Les Ursulines sont reconnues pour leur capacité à s’ajuster à leur environnement. Au Canada, leur programme reflète la variabilité des conditions économiques et sociales. Par exemple, dans le Québec de la fin du 19e siècle, elles enseignent la sténographie, la dactylographie et la télégraphie à leurs élèves afin de suivre les nouvelles perspectives économiques qui sont offertes aux filles.

Les Ursulines fondent plusieurs institutions célèbres, notamment l’École des Ursulines (1639) et l’Académie Sainte-Ursule (1854) à Québec. En enseignement supérieur, elles fondent l’Ursuline College (1919), une université spécialisée dans l’enseignement des arts libéraux et la seule institution canadienne à offrir une éducation supérieure aux femmes. Elle est aujourd’hui appelée Brescia University et affiliée à l’Université Western. Pour contribuer à la formation des enseignantes, les Ursulines fondent l’École normale de Laval dans leur monastère en 1857. Elles en ouvrent une autre à Rimouski en 1906 (voir Écoles normales).

Changements après 1960

Comme plusieurs ordres religieux catholiques au Canada, les Ursulines connaissent un déclin constant des vocations et un exode de leurs membres depuis les importants changements sociaux survenus dans les années 1960. Durant le Concile Vatican II (1962-1965), on charge des membres de découvrir comment s’adapter à la société contemporaine. Les changements qui s’ensuivent incluent l’élimination des noms et des habits religieux.

La Révolution tranquille est une période de changements rapides vécue par le Québec dans les années 1960. On met l’accent sur la sécularisation et la modernisation, ce qui affecte lourdement les Ursulines. Les universités remplacent les écoles normales pour ce qui est de la formation des futures enseignantes; on ferme ou on privatise aussi plusieurs écoles dirigées par les Ursulines pour laisser place aux établissements administrés par la province.

Bien que beaucoup moins nombreuses, des ursulines continuent d’enseigner la formation religieuse et la préparation au sacrement dans des paroisses, tandis que d’autres servent de guides dans le cadre de retraites spirituelles ou encore enseignent l’anglais ou le français aux nouveaux arrivants. Les Ursulines au Canada s’impliquent également dans la promotion de la justice sociale et de la protection de l’environnement.

Importance et héritage

Les Ursulines offrent des options éducatives aux filles canadiennes, surtout au Québec, depuis 1639. Elles ouvrent le premier monastère en Nouvelle-France et la première école pour filles en Amérique du Nord (voir Monastère des Ursulines). Au fur et à mesure qu’elles étendent leurs activités partout au pays, leur service dans les institutions d’enseignement primaire, secondaire et postsecondaire contribue à offrir des options éducatives aux filles, ainsi qu’à mettre sur pied et à maintenir des écoles catholiques (voir Écoles séparées).


Lecture supplémentaire

  • Marguerite Aron, Les Ursulines (1937).

  • Guy-Marie Oury, Les Ursulines de Québec, 1639-1953 (1999).

  • Marcel Trudel, Les écolières des Ursulines de Québec, 1639-1686 : Amérindiennes et Canadiennes (1999).

Liens externes