Guerre de 1812

La guerre de 1812, qui a duré jusqu’en 1814, fait référence au conflit militaire qui a opposé les États‑Unis à la Grande-Bretagne. Comme colonie britannique, le Canada a été entraîné dans la guerre de 1812 et envahi à maintes reprises par les Américains. La guerre a été menée dans le Haut-Canada, le Bas-Canada, dans la région des Grands Lacs et le long de la côte de l’Atlantique, ainsi qu’aux États-Unis. Le traité de Gand, qui a mis fin à la guerre, consacre essentiellement le statu quo. Cependant, la guerre a su marquer le Canada. D’une part, elle a contribué à la montée du sentiment national, notamment parce que ce sont principalement les soldats civils qui ont repoussé l’envahisseur. D’autre part, elle a nui à la relation d’alliance entre les Canadiens et les Britanniques, et les Premières Nations, puisque ces dernières ont perdu non seulement de nombreux guerriers (dont le grand Tecumseh), mais également tout espoir d’arrêter la conquête américaine vers l’ouest. En outre, leur contribution a rapidement été oubliée par leurs alliés. De même, les volontaires noirs, y compris les membres du Coloured Corps, n’obtiennent guère de reconnaissance ou de récompense pour leur service.

Cette exposition raconte l’histoire de ceux qui ont défendu le Canada durant la guerre de 1812.



Sir Isaac Brock

Au cours de la guerre de 1812, les réguliers britanniques jouent un rôle décisif dans la protection du Haut-Canada d’une invasion américaine. L’officier britannique le plus célèbre de cette guerre est sir Isaac Brock. Celui-ci arrive au Canada en 1802 avec le 49e Régiment et est promu major-général en 1811. En 1810, on lui accorde le commandement militaire du Haut-Canada et l’année suivante, il est nommé président du conseil exécutif du Haut-Canada. Au déclenchement de la guerre, il prend l audacieuse initiative d ordonner la prise du fort américain Michilimackinac (capturé en juillet 1812). En août, sir Isaac Brock et le chef shawnee Tecumseh dirigent une force combinée contre le général américain William Hull , qui avait envahi le Haut-Canada. Le général Hull rend le fort de Detroit sans combat.

Quand les Américains envahissent une fois de plus le Haut-Canada, aux hauteurs de Queenston le 13 octobre, Isaac Brock qui est au fort George est secoué de son sommeil et se rend promptement au village. Presqu’au même moment où il arrive, les Américains semparent d une batterie de tir sur les hauteurs. Le général Brock décide quune attaque immédiate est nécessaire, que le temps d attendre des renforts manque. Ce risque calculé se révèle imprudent puisquau moment où il conduit ses troupes à l attaque, il est abattu à la poitrine par le tir dun soldat américain. Il meurt sur le coup, sans prononcer aucune des paroles qui lui ont été souvent attribuées (par exemple, « En avant, braves volontaires de York »).

La mémoire de sir Isaac Brock, le sauveur du Haut-Canada, demeure extraordinairement vivace dans lhistoire de l Ontario. Sa dépouille enterrée au fort George a été déplacée en 1824 vers le sommet des hauteurs de Queenston et repose sous un imposant monument détruit en 1840 et remplacé en 1853. Aujourd hui, le majestueux monument de Brock surplombe le champ de bataille.

Les alliés autochtones de la guerre de 1812

Les peuples des Premières Nations et des Métis ont joué un rôle important lors de la guerre de 1812. La plupart des Premières Nations se sont alliées à la Grande-Bretagne, car elles perçoivent alors les Britanniques comme les colons les moins nuisibles et les plus enclins à préserver leurs territoires et leur commerce traditionnels.

Le 17 juillet 1812, peu de temps après le début du conflit, le fort américain de Michilimackinac est capturé par une force dirigée par le capitaine britannique Charles Roberts et comprenant environ 400 guerriers autochtones (300 Odawa et Ojibwés et 100 Sioux, Menominee et Winnegabos), 200 voyageurs (y compris des Métis) et 45 soldats britanniques. En août, le chef shawnee Tecumseh et 600 guerriers autochtones (des peuples shawnee, ojibwé, odawa et potawatomi) contribuent largement à la reddition, le 16 août à Detroit, d’une force américaine pourtant supérieure. Tecumseh et le général Brock entrent côte à côte, à cheval, dans le fort défait. La chute de Detroit motivera les Six Nations et les Delawares qui vont jouer un rôle important dans la défaite américaine aux hauteurs de Queenston, le 13 octobre 1812, sous le commandement de John Norton (Teyoninhokarawen) et John Brant (Ahyonwaeghs). Même après la mort de Tecumseh à la bataille de la Thames en octobre 2013, les guerriers autochtones continuent à se battre aux côtés des Britanniques.

Au cours des pourparlers qui vont aboutir au Traité de Gand (1814) qui va mettre un terme à la guerre, les Britanniques tentent de négocier la création d’un « territoire indien », mais les délégués américains s’y opposent. Pour les peuples autochtones qui vivent en Amérique du Nord britannique, la guerre de 1812 marque la fin d’une ère d’autosuffisance et d’autodétermination. Ils vont bientôt être dominés numériquement par les colons sur leurs propres terres. Toute influence sociale et politique dont les Autochtones ont pu jouir avant la guerre s’évanouit alors. En l’espace d’une génération, les contributions d’un grand nombre de peuples engagés ensemble aux côtés de leurs alliés britanniques et canadiens contre un ennemi commun allaient être complètement oubliées.

Minutes du patrimoine : Les hauteurs de Queenston

Le périple de Laura Secord

Pendant la guerre de 1812, Laura Secord parcourt à pied 30 kilomètres, de Queenston à Beaver Dams, près de Thorold, pour avertir James FitzGibbon que les Américains prévoient attaquer son poste. Le récit de son périple devient légendaire, et Laura Secord elle-même est maintenant un personnage mythique de l histoire canadienne.

Le mari de Laura, James Secord, est un sergent de la première milice de Lincoln qui est blessé lors de la bataille des Hauteurs-de-Queenston; Laura le trouve sur le champ de bataille et le ramène à la maison pour prendre soin de lui pendant sa convalescence. En juin 1813, Queenston étant occupée par des troupes américaines et James nétant toujours pas remis, les Secord se voient obligés d héberger des officiers américains dans leur maison. Dune façon ou d une autre, Laura apprend que les Américains prévoient attaquer les forces britanniques à Beaver Dams . Puisque James Secord est incapable de se rendre auprès de James FitzGibbon pour l avertir, Laura part toute seule, prenant des chemins détournés et ardus pour éviter les sentinelles américaines. Elle reçoit l aide d un groupe dhommes des Premières Nations quelle rencontre sur sa route, et atteint enfin le quartier général de James FitzGibbon.

Les détails du périple de Laura Secord pour atteindre James FitzGibbon et sonner lalarme ne sont pas connus avec certitude, mais ils sont intégrés à la mythologie canadienne et utilisés pour susciter un sentiment de nationalisme au pays. Laura Secord est immortalisée dans des livres, des pièces de théâtre, des chansons, le chocolat et sur un timbre-poste. Dans Flames Across the Border (trad. L’invasion du Canada) lhistorien Pierre Berton affirme que son histoire serait utilisée pour alimenter le mythe croissant que la guerre de 1812 a été gagnée par des Canadiens loyaux.

Minutes du patrimoine : Laura Secord

La milice et la guerre de 1812

L’idée que la milice a gagné la guerre de 1812 remonte à un sermon prononcé par le révérend John Strachan, aumônier de garnison à York durant la guerre de 1812. Quand éclate la guerre, le révérend Strachan devient un ardent défenseur de la cause britannique et prononce des discours populistes au sujet de la victoire hâtive de la Grande-Bretagne à Detroit. Dans son sermon du novembre 1812, il louange les réguliers, mais plus spécialement les miliciens :

sans l’assistance d’hommes ou d’armes, à l’exception de quelques soldats réguliers, la Province du Haut-Canada repoussa ses envahisseurs, les tua ou les captura tous et s’empara de la grande partie de ses armes pour se défendre […] Et sûrement jamais aucun autre pays ne fut témoin d’une prestation plus éclatante que celle que notre milice a offerte ici, ni jamais de plus grande vaillance, de plus ferme résolution ni de conduite plus exemplaire; ils ont été à la hauteur des vétérans les plus chevronnés, et ont sauvé le pays par deux fois.

De telles exagérations contribuent largement à la naissance du mythe selon lequel cest la milice du Canada, et non ses soldats professionnels rémunérés à fort prix, qui a gagné la guerre de 1812. En fait, la milice est assignée surtout au transport et aux travaux publics, bien que certains hommes servent aux côtés des militaires professionnels britanniques et des régiments territoriaux.

Voltigeurs canadiens

Les Voltigeurs canadiens , un corps de volontaires levé et commandé par Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry , officier de l’armée britannique né à Beauport au Bas-Canada , est peut-être l’unité la plus célèbre de la milice. Au début de la guerre, les Voltigeurs ont pour tâche de défendre les Cantons de l’Est. En novembre 1812, ils se retrouvent nez à nez devant le major-général américain Dearborn qui, fort de ses 6 000 hommes, envahit la région de Plattsburgh. De Salaberry accourt avec une compagnie de Voltigeurs et 230 guerriers mohawks de Kahnawake afin de repousser linvasion à Lacolle. Linvasion ne peut être freinée, mais des jours entiers d escarmouche et des coûts qui ne cessent de grimper forcent le général Dearborn à battre en retraite. Au printemps 1813, les Voltigeurs se scindent en de plus petites unités : certaines partent renforcer les troupes de défense à Kingston, d'autres prennent part, sans succès, à l assaut donné à Sackets Harbor. Toutefois, les Voltigeurs sont surtout connus pour leur rôle dans la bataille de la Châteauguay et dans la bataille de Crysler’s Farm .

L’amiral Alexander Cochrane et la guerre en mer

La guerre de 1812 se déroule aussi bien sur terre qu’en mer. Des affrontements navals ont lieu dans les Grands Lacs et dans l’Atlantique. Le contrôle des eaux est d’une importance cruciale pour les Britanniques, qui nomment l’amiral Alexander Cochrane commandant de la Marine royale dans les eaux de l’Amérique du Nord. Officier de marine de métier dont l'audace, les qualités et les succès remportés au cours de nombreuses batailles lui font gravir les plus hauts échelons de la hiérarchie navale, l’amiral Cochrane est surtout connu au Canada pour son imposante présence pendant la guerre de 1812. Au début de 1814, il est fait commandant de la garnison de la Marine royale en Amérique du Nord. Il remplit ses nouvelles fonctions avec la détermination et les particularités qui le caractérisent. Alors que ses prédécesseurs étaient favorables à conclure un armistice avec les Américains, l’amiral Cochrane se montre inflexible, convaincu que l'ennemi doit d'abord subir une « défaite écrasante ». Il lance alors un blocus contre la Nouvelle-Angleterre.

Mais assurément, le geste le plus éclatant de l’amiral Cochrane reste la proclamation qu’il émet et qui vise directement les esclaves noirs des États-Unis. Dans cette proclamation, il décrète que tout esclave souhaitant quitter les États-Unis sera en sécurité sur les vaisseaux de la Marine royale tant et aussi longtemps qu’il est prêt soit à servir dans l'armée britannique ou à devenir un « colon libre » dans une autre colonie. La fuite de nombreux esclaves vers les navires britanniques met en colère et inquiète les États du Sud et dès que les navires britanniques entrent dans la baie de Chesapeake, sur les côtes de l’Atlantique, beaucoup d'esclaves s’enrôlent dans l’armée britannique. L’amiral Cochrane accueille 600 d’entre eux et crée le régiment des « marines coloniaux ». Nombre d'esclaves prennent toutefois le chemin de Halifax. Après la guerre, l’amiral Cochrane retourne en Angleterre, où il meurt en 1832, laissant derrière lui le souvenir d'une carrière dans la marine qui, si elle n’est pas parfaite, est néanmoins impressionnante et passionnante.

Le Coloured Corps : les volontaires noirs dans la guerre de 1812

Bien que certains hommes noirs servent sous l’ amiral Cochrane comme marines coloniaux, d’autres se présentent volontairement afin de servir au sein de la milice canadienne. Le Coloured Corps (également connu comme le Corps d’hommes de couleur du capitaine Runchey ou le Corps d’hommes noirs) est une compagnie de milice formée d’hommes noirs, active au cours de la guerre de 1812. Créé au Haut-Canada, où l’ esclavage est limité en 1793, le corps se compose d’hommes noirs libres et d’esclaves. Bon nombre d’entre eux sont d’anciens combattants de la Révolution américaine, dans laquelle ils ont lutté aux côtés des Britanniques ( voir Loyalistes noirs). Le Coloured Corps participe à la bataille des Hauteurs-de-Queenston et à la bataille du fort George avant d’être rattaché au Corps royal du génie à titre de compagnie de construction.

La compagnie est démantelée le 24 mars 1815, après la fin de la guerre. Lorsqu’ils réclament leur récompense pour services rendus, bon nombre de soldats du Coloured Corps font face à l’adversité et à la discrimination. C’est ainsi qu’on informe le sergent William Thompson qu’il « doit effectuer lui-même les démarches nécessaires à l’obtention de sa solde », tandis qu’on refuse à Richard Pierpoint, septuagénaire, son voyage de retour en Afrique en guise et lieu d’octroi d’une terre. Lorsqu’on procède à ces octrois en 1821, les anciens combattants du Coloured Corps ne reçoivent que 100 acres de terre, soit la moitié de la superficie accordée à leurs homologues blancs. De plus, de nombreux vétérans ne s’installent pas sur leur nouvelle terre parce qu’elle est de piètre qualité. Malgré toutes ces inégalités, le Coloured Corps a su défendre honorablement le Canada, créant un précédent dans la formation des futures unités de soldats noirs.

Le Coloured Corps reprend du service à Niagara durant les rébellions de 1837 à 1838, du moins une des unités d’hommes noirs ou de couleur volontaires – les autres se forment à Toronto, à Hamilton, à Chatham et à Sandwich (Windsor).

Minutes du patrimoine : Richard Pierpoint