SNC-Lavalin

SNC-Lavalin est un cabinet mondial d’ingénierie et de construction basé à Montréal, au Québec. Il œuvre dans plusieurs industries, y compris l’exploitation pétrolière et gazière, l’exploitation minière, la cybersécurité et l’énergie nucléaire. Il procède également à la construction d’infrastructures publiques et privées dans le monde entier.

La société est fondée en 1911 sous le nom SNC en tant que bureau de génie-conseil pour des projets énergétiques. En 1991, elle fusionne avec son concurrent Lavalin et devient ainsi SNC-Lavalin. Elle compte de nos jours quelque 50 000 employés dans plus de 50 pays, tout en enregistrant en 2018 un chiffre d’affaires de 10,1 milliards de dollars.

Au Canada, le cabinet obtient d’importants contrats pour la réalisation de projets de transport en commun dans des villes comme Toronto, Montréal et Vancouver. À l’international, SNC-Lavalin dirige des projets d’extraction de ressources et d’infrastructures en Amérique du Nord, dans la région Asie-Pacifique, en Europe et au Moyen-Orient.

Depuis 2011, des scandales liés à des allégations de fraude et de corruption entachent la réputation du cabinet et de plusieurs de ses dirigeants.



Siège social de SNC-Lavalin à Montréal
Siège social de SNC-Lavalin, situé sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal. Photo prise le 5 avril 2018. (© Marc Bruxelle/Dreamstime)
Siège social de SNC-Lavalin à Montréal
Siège social de SNC-Lavalin, situé sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal. Photo prise le 16 juillet 2015. (© Michel Bussieres/Dreamstime)

Mots clés

Acquisition : transaction permettant à une entreprise de devenir propriétaire ou de prendre le contrôle d’une autre entreprise.

Chiffre d’affaires : revenus totaux d’une entreprise pendant une période donnée.

Consortium : partenariat de plusieurs grandes entreprises formé dans le but de réaliser un projet commun.

Corruption : pratiques malhonnêtes ou illégales, en particulier l’offre de pots-de-vin ou la fraude commise par des personnes en position d’autorité.

Directeur des poursuites pénales (DPP) : nommé par le gouvernement fédéral, le DPP est un avocat qui soutient le travail du procureur général du Canada. Il gère le Service des poursuites pénales du Canada, une autorité indépendante qui poursuit les infractions à la loi fédérale devant les tribunaux.

Énergie hydroélectrique : électricité générée par énergie hydraulique, notamment au moyen de turbines installées au sein de barrages érigés sur des rivières.

Expertise-conseil : offre de conseils professionnels ou d’expertise dans un domaine particulier.

Extraction des ressources : processus consistant à tirer des ressources naturelles de l’environnement, notamment la construction de barrages sur des rivières pour produire de l’hydroélectricité ou encore le forage pétrolier ou gazier.

Fraude : action de tromper quelqu’un pour obtenir de l’argent ou d’autres avantages. La fraude est illégale.

Infrastructure : les travaux publics (tels que les autoroutes, les ponts et les égouts) d’un pays, d’une province ou d’une région. Les infrastructures sont souvent financées et gérées par le gouvernement.

Pots-de-vin : somme d’argent ou autre récompense donnée à quelqu’un afin d’influencer ses décisions. Les pots-de-vin sont généralement donnés en échange d’un acte illégal ou malhonnête.

Procureur général : fonction occupée par le ministre de la Justice, membre du cabinet fédéral. Le procureur général supervise les réclamations et les poursuites dans les tribunaux au nom de la Couronne. Il ou elle prodigue également des conseils juridiques au gouvernement ainsi qu’à ses ministères et organismes. 

Histoire de SNC

En 1911, Arthur Surveyer, alors âgé de 32 ans, met sur pied une société d’expertise-conseil à Montréal après avoir travaillé pendant sept ans au ministère fédéral des Travaux publics. Le premier contrat important de son entreprise consiste à planifier et à superviser la construction d’une centrale hydroélectrique près de Grand-Mère, au Québec.

Au cours des 10 années qui suivent, la société connaît une croissance solide grâce à une série de contrats importants liés aux infrastructures. Au début des années 1920, Arthur Surveyer embauche le Suisse Emil Nenniger, architecte et ingénieur autodidacte. Il engage également Georges Chênevert, diplômé en ingénierie de Polytechnique Montréal. En 1937, compte tenu de l’importance cruciale de ces deux hommes, Arthur Surveyer les fait associés de son cabinet.

En 1959, le cabinet Surveyer, Nenniger & Chênevert — qui deviendra plus tard SNC — obtient le contrat de planification et de gestion de la construction du barrage Daniel-Johnson. Situé sur la rivière Manicouagan, sur la Côte-Nord, au Québec, le barrage retient l’eau de l’un des plus grands réservoirs hydroélectriques au monde (voir Réservoir Manicouagan). Ce projet vaut à l’entreprise une reconnaissance internationale, ainsi qu’une clientèle issue des quatre coins du monde.

Le premier projet majeur de la société à l’extérieur du Canada consiste en l’érection du barrage indien Cheruthoni, achevé en 1973 dans le district d’Idukki au Kerala. Suivent d’importants projets hydroélectriques à travers le monde. La construction en Algérie d’une grande fonderie et du monument emblématique du pays, le Mémorial du martyr, font partie des plus importants projets de SNC des années 1970 et 1980. La société décroche également le contrat de construction d’un important réseau énergétique en Arabie saoudite, desservant la région administrative de Qassim dans son ensemble.

Histoire de Lavalin

En 1936, Jean-Paul Lalonde et Roméo Valois fondent le cabinet d’expertise-conseil en ingénierie Lalonde & Valois. Celui-ci est favorisé par le plan de rénovation des infrastructures publiques du gouvernement du Québec. Ses services sont d’abord retenus pour superviser et aider à planifier la construction de la route 11 au nord de Montréal.

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, la société perd de nombreux employés au profit de l’économie de guerre (beaucoup se tournant notamment vers les usines d’armements et les industries qui leur fournissent les matières premières). Le vent se met toutefois à tourner dans les années 1950 : en ces années de baby-boom de l’après-guerre, Lalonde & Valois se voit confier la construction de nombreux hôpitaux et écoles. À la fin des années 1950 et durant les années 1960, le cabinet remporte de nombreux contrats de construction de ponts et de routes au Québec, à commencer par le projet visant à remonter le pont Honoré-Mercier et à doubler le nombre de ses voies.

En 1963, Jean-Paul Lalonde et Roméo Valois confient le contrôle de l’entreprise qu’ils ont fondée à Bernard Lamarre et au fils du second, Jean-Pierre Valois. Dans les années 1960, sous cette nouvelle direction, le cabinet est à la tête de projets majeurs à Montréal, dont le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et l’autoroute Ville-Marie passant sous le centre-ville de Montréal. Au cours de la décennie suivante, il assure également la réalisation du complexe du Parc olympique de la même ville (voir aussi Les Jeux olympiques de Montréal).

En 1967, Bernard Lamarre met sur pied le cabinet Lamarre Valois International (Lavalin) dans le but d’obtenir des contrats à l’extérieur du pays. Durant cette période, il supervise la réalisation de la Route de l’unité et de l’amitié canadienne, un projet s’étendant sur 430 km au Niger. Dans les années 1970, Lavalin se voit confier l’un de ses projets les plus vastes et les plus ambitieux, le projet hydroélectrique de la Baie-James, que le cabinet gère en partenariat avec la société d’ingénierie américaine Bechtel.

Fusion de 1991 : SNC-Lavalin

Au début des années 1990, Lavalin se trouve lourdement endettée, comme conséquence d’une expansion rapide amorcée dans les années 1970. Le poids des dettes pousse l’entreprise à négocier avec SNC pour une éventuelle fusion. En août 1991, après des mois de spéculation et de rumeurs, les deux entreprises annoncent leur fusion.

SNC-Lavalin devient immédiatement l’un des plus grands cabinets d’ingénierie au monde, fort d’un actif de plus de 600 millions de dollars et de quelque 7 000 employés répartis dans 16 bureaux au Canada et 14 bureaux à l’étranger. La société issue de la fusion remporte rapidement d’importants contrats d’ingénierie dans le monde entier, dont des travaux sur une usine d’aluminium en Afrique du Sud ainsi que le contrat de construction du métro d’Ankara, capitale turque. Durant les années 1990, le cabinet construit également une ligne de train à Kuala Lumpur, en Malaisie.

En 1995, SNC-Lavalin réalise pour la première fois un chiffre d’affaires passant le cap du milliard de dollars. C’est à cette époque également qu’elle commence à tirer plus de la moitié de ses revenus de l’étranger. À la fin de 1995, la présidence de l’entreprise passe de Guy Saint-Pierre, qui prend sa retraite, à Jacques Lamarre, frère cadet de Bernard.

Sous la direction de Jacques Lamarre, SNC-Lavalin réalise des acquisitions majeures. En 1996, le cabinet s’offre Pingat Ingénierie, une société française spécialisée dans la production agricole. La même année, elle se porte acquéreuse de Kilborn, une importante société minière de Toronto. Ses services sont également retenus pour la réalisation de la grande rivière artificielle de Libye. Ce projet consiste en un réseau de canalisations souterraines visant l’acheminement de l’eau d’aquifères situés sous le désert du Sahara jusqu’à la côte, où se concentre la population libyenne.

Avant le tournant du millénaire, SNC-Lavalin acquiert une participation de 23 % dans l’autoroute à péage électronique 407. Cette route à péage de 108 km traverse la région du Grand Toronto, reliant Burlington à Pickering. En 2019, afin de rembourser ses dettes, SNC-Lavalin vend environ 10 % de sa participation dans l’autoroute 407.

21e siècle

Durant la première décennie des années 2000, SNC-Lavalin prend part à d’importants projets, dont la Canada Line du SkyTrain de Vancouver, un pont à Kelowna, ainsi que des mines de nickel au Labrador et dans le territoire français de Nouvelle-Calédonie. En 2006, l’entreprise se voit confier la construction de la mine de nickel Ambatovy à Madagascar. Durant cette période, SNC-Lavalin travaille également à la construction du camp Julien pour les Forces armées canadiennes en Afghanistan (voir Guerre en Afghanistan) et d’importants projets énergétiques en Arabie saoudite.

En 2009, Pierre Duhaime prend la relève de Jacques Lamarre en tant que président-directeur général de SNC-Lavalin.

Affaire libyenne

En 2011, la police suisse ouvre une enquête sur le vice-président de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa. L’enquête porte sur des paiements faits par l’entreprise vers des comptes bancaires suisses. La police soupçonne Riadh Ben Aïssa d’avoir offert, de 2001 à 2011, des pots-de-vin à des politiciens en Afrique du Nord pour l’obtention de contrats d’infrastructure. Les autorités suisses contactent la GRC, qui ouvre sa propre enquête sur SNC-Lavalin et plusieurs de ses employés.

La GRC soupçonne l’entreprise d’avoir payé des associés du dictateur libyen Mouammar Kadhafi pour l’obtention d’importants contrats gouvernementaux. Riadh Ben Aïssa quitte l’entreprise en février 2012. Un mois plus tard, le PDG Pierre Duhaime démissionne de manière inattendue après une enquête interne sur des paiements d’environ 56 millions de dollars à des agents non identifiés. En avril 2012, à la demande de la police suisse, la GRC effectue une descente au siège social de SNC-Lavalin à Montréal. En février 2014, la GRC porte plusieurs chefs d’accusation contre deux anciens vice-présidents de SNC-Lavalin, Sami Bebawi et Stéphane Roy (voir aussi crime en col blanc). Les deux hommes sont accusés de fraude de plus de 5 000 dollars et d’avoir versé des pots-de-vin à un fonctionnaire en Libye. Les événements se seraient produits de 2010 à 2013.

En octobre 2014, Riadh Ben Aïssa règle ses accusations avec la police suisse. Il plaide coupable à des accusations de blanchiment d’argent, de fraude et de corruption, et il restitue 47 millions de dollars. Environ le tiers de cette somme est remise à SNC-Lavalin, que la cour reconnaît comme « partie lésée ». Riadh Ben Aïssa reçoit également une peine de trois ans de prison. Détenu en Suisse depuis son arrestation en 2012, il est relâché peu de temps après le jugement. Il rentre au Canada en octobre 2014 pour faire face à des accusations dans l’affaire du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

En février 2015, la GRC porte officiellement des accusations contre SNC-Lavalin pour corruption. Celle-ci est accusée de fraude et d’avoir versé aux autorités libyennes 47,7 millions de dollars en pots-de-vin. Les accusations portent sur des contrats de construction d’une valeur d’environ 130 millions de dollars en Libye, y compris le projet de grande rivière artificielle.

En février 2019, Stéphane Roy est libéré après le rejet par la Cour du Québec des accusations portées contre lui en raison de retards déraisonnables dans son procès. Sami Bebawi tente de faire retirer ses accusations pour la même raison, mais un juge rejette sa demande. Il est actuellement en attente de procès.

Affaire Jody Wilson-Raybould

Dans son budget dévoilé au printemps 2018, le gouvernement libéral de Justin Trudeau inscrit l’option d’accords de réparation au Code criminel. Ces accords s’appliquent aux entreprises accusées en vertu du droit pénal. Si la directrice des poursuites pénales (DPP) permet à une entreprise de conclure un accord de réparation, celle-ci peut éviter une condamnation pénale en payant une amende et en prenant d’autres mesures. Cette modification du Code criminel avait notamment été encouragée par les activités de lobbying de SNC-Lavalin auprès des Libéraux. La DPP Kathleen Roussel refuse toutefois de négocier un accord de réparation avec SNC-Lavalin concernant les accusations dans l’affaire libyenne, ce qui ouvre la voie à un procès pour l’entreprise.

En février 2019, Jody Wilson-Raybould démissionne du cabinet libéral. Elle affirme avoir fait l’objet, en tant que procureure générale du Canada, de pressions indues du bureau du premier ministre visant à faire annuler la décision de la DPP et à négocier un accord de réparation avec SNC-Lavalin. Jody Wilson-Raybould accuse le gouvernement d’ingérence politique dans le système de justice, qui est censé être indépendant.

Jody Wilson-Raybould

Jody Wilson-Raybould est élue députée libérale dans la circonscription de Granville, à Vancouver, en 2015. Photo prise le 30 janvier 2014.

(photo de Erich Saide/Wikimedia CC)

Le scandale mène à la démission d’une autre ministre importante du Cabinet, Jane Philpott, alors présidente du Conseil du Trésor, puis de Gerald Butts, secrétaire principal du premier ministre.

Le commissaire à l’éthique, Mario Dion, lance une enquête en février 2019. Il se concentre sur les pressions alléguées de Justin Trudeau et de son personnel. Mario Dion publie son rapport en août 2019. Il révèle que Trudeau a essayé d’influencer la procureure générale de façon inappropriée afin d’accorder à la compagnie un accord de réparation, contrevenant ainsi à la Loi sur les conflits d’intérêts. Selon la Loi, une personne titulaire de charge publique ne peut pas utiliser sa position pour influencer la décision d’une autre personne afin de protéger ses propres intérêts ou ceux d’un tiers. Dans ce cas, cela aurait pu profiter à SNC-Lavalin en lui évitant une éventuelle condamnation au criminel. Si elle est reconnue coupable, la compagnie ne pourrait pas obtenir de contrats du gouvernement pendant une décennie.

Affaire du Centre universitaire de santé McGill

En 2010, un consortium mené par SNC-Lavalin remporte le contrat pour la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), d’une valeur d’environ 1,3 milliard de dollars. Le « super-hôpital » et son centre de recherche doivent alors être érigés juste à l’ouest du centre-ville de Montréal, où réside la majorité de la communauté anglophone de Montréal. En 2012, le PDG Pierre Duhaime est arrêté et accusé de fraude relativement à ce contrat, tandis que huit autres responsables font face à des accusations semblables.

Selon l’Unité permanente anticorruption du Québec, les employés de SNC-Lavalin auraient versé 22,5 millions de dollars en pots-de-vin à une entreprise dirigée par deux employés du CUSM, Arthur Porter et Yanai Elbaz. En décembre 2018, Yanai Elbaz est condamné à 39 mois de prison pour son rôle dans le scandale. Il admet avoir accepté 10 millions de dollars en pots-de-vin de SNC-Lavalin en échange de renseignements lui permettant de remporter le contrat face à ses concurrents. Arthur Porter meurt en prison au Panama alors qu’il se bat pour éviter l’extradition vers le Canada. En juillet 2018, Riadh Ben Aïssa plaide coupable d’avoir utilisé un faux document pour faciliter le transfert d’argent à Arthur Porter. Il est condamné à 51 mois de prison. Pierre Duhaime plaide coupable en février 2019 d’avoir aidé un fonctionnaire à commettre un abus de confiance. Il est condamné à 20 mois d’assignation à résidence.

Le saviez-vous?
En 2011, le gouvernement du Québec lance la Commission Charbonneau, une enquête sur la corruption dans l’industrie de la construction de la province. Le détective Jean-Frédérick Gagnon déclare dans son témoignage que l’affaire du CUSM est « la plus grande fraude de corruption de l’histoire du Canada ».


SNC-Lavalin, aujourd’hui et demain

SNC-Lavalin attend la tenue de son procès pour son rôle présumé dans l’affaire des pots-de-vin versés à des responsables libyens pour d’importants travaux de construction. En mars 2019, la Cour fédérale du Canada rejette la tentative de l’entreprise d’infirmer la décision du procureur de tenir un procès au lieu de proposer un accord de réparation. En avril 2019, SNC-Lavalin conteste cette décision en Cour d’appel fédérale. La première audience se termine le même mois. En mai 2019, un juge de la Cour du Québec statue qu’il y a suffisamment de preuves dans l’affaire pour la tenue d’un procès (voir aussi Système judiciaire du Canada.)

Malgré ses problèmes juridiques actuels, SNC-Lavalin demeure une entreprise d’ingénierie de classe mondiale, avec des projets en cours partout au monde. Elle procède actuellement à la construction du Réseau express métropolitain, un projet de métro léger dans la région de Montréal, évalué à 6,3 milliards de dollars.



Lecture supplémentaire

  • SNC-Lavalin, les 100 premières années, éd. Noel Rieder (2011).

Liens externes