L'informatique et la société canadienne

Les ordinateurs sont au centre d'une TECHNOLOGIE très vaste qui permet la production de biens et de services et l'administration des nations. L'invasion massive des ordinateurs personnels dans les foyers canadiens laisse présager l'établissement possible d'un centre public d'informatique.

Serre
Un ordinateur contrôle la quantité de lumière, la température et l'humidité dans une serre de Campbellvale, en Ontario (avec la permission du ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire).
Les ordinateurs
Les fabricants d'ordinateurs créent maintenant de nouveaux systèmes qui pourront offrir des services de télédiffusion, des films et des fiches de musique numérisée, le tout à partir d'une télécommande (avec la permission du magazine Maclean's.)

Informatique et société

Les ordinateurs sont au centre d'une TECHNOLOGIE très vaste qui permet la production de biens et de services et l'administration des nations. L'invasion massive des ordinateurs personnels dans les foyers canadiens laisse présager l'établissement possible d'un centre public d'informatique. Parce que cette technologie est tellement omniprésente, elle a et continuera d'avoir des effets profonds sur les individus et sur les organismes publics et privés. Ces effets sont souvent favorables, mais occasionnent quelquefois des coûts. Dans certains domaines, on ne peut pas encore prévoir l'équilibre entre les coûts et les avantages.

 Grâce à la capacité des ordinateurs de contrôler d'autres instruments, on note de grands progrès dans des activités pour lesquelles des outils « intelligents » sont très importants. Les opérations d'ensembles de machines et d'outils peuvent être coordonnées par des ordinateurs. Elles peuvent fonctionner comme des robots qui ont des tâches variées, allant de l'amélioration des processus industriels et des applications médicales à la création d'engins de guerre toujours plus puissants.

Les ordinateurs influencent aussi la structure et le fonctionnement des organismes publics et privés. Ces progrès technologiques dans les domaines industriel, gouvernemental, scientifique et médical entraînent certains coûts économiques et sociaux. Dans le passé, les progrès technologiques ont créé un juste milieu entre les pertes d'emplois et la création d'autres emplois grâce aux débouchés dans de nouveaux domaines d'activité et à l'exploitation des nouvelles perspectives et en raison de la nécessité de satisfaire de nouvelles demandes.

Il n'est pas encore certain qu'on puisse, grâce aux économies qu'entraîne l'informatique en matière de main-d'oeuvre, atteindre un tel équilibre. L'informatisation du travail de bureau et des procédures bureaucratiques mènera certainement à une forte diminution du personnel et des gestionnaires (voir BUREAUTIQUE). Cette baisse prévue dans les emplois de bureau est encore masquée par le besoin temporaire de bureaucrates pour informatiser le travail des plus grands organismes qui produisent et fournissent des services ou qui gouvernent.

Cependant, une fois l'informatisation terminée, la demande d'employés de bureau fléchira, suivant l'exemple de l'évolution constatée dans le domaine de l'industrie, où on a assisté à une baisse de la demande de main-d'oeuvre semi-spécialisée et non spécialisée.

C'est dans la gestion des grandes entreprises que les plus importantes répercussions sociales des ordinateurs se font sentir. Ils sont alors plus que des machines : ils deviennent le point central d'une nouvelle technologie de gestion qui comprend non seulement la machine proprement dite (appelée matériel), mais aussi des progiciels, leur description et leurs protocoles (logiciels).

Dans les secteurs public et privé, la technologie informatique a favorisé la réorganisation des méthodes d'administration, le développement de compétences nouvelles et diverses et l'établissement d'unités d'organisation nouvelles pour fournir et soutenir des services automatisés, ainsi que l'émergence d'attitudes nouvelles quant aux avantages de l'informatique et aux meilleurs moyens de l'utiliser.

 L'automatisation des grandes entreprises a provoqué une centralisation ainsi que la création de structures de gestion de plus en plus hiérarchisées, en partie parce que les logiciels organisés à la verticale pour les systèmes de gestion sont beaucoup moins chers que les logiciels de traitement des données décentralisés qui, eux, encouragent la diffusion de l'autorité. Dans la plupart des organismes publics et privés, les changements observés dans les pouvoirs administratifs auxquels donne lieu l'automatisation ne sont pas sujets au jugement des actionnaires, des électeurs ou des représentants élus, bien que certains de ces changements puissent avoir une influence marquée sur l'avenir de ces organismes.

Comme les ordinateurs favorisent les structures organisationnelles centralisées, il est de plus en plus difficile pour les citoyens d'avoir accès directement aux centres de décisions souvent fort éloignés, tant sur les plans physique qu'organisationnel, des particuliers ayant des problèmes. Cette distance devient particulièrement notable lorsque les clients, les consommateurs ou les citoyens essaient de corriger des erreurs de transaction, d'obtenir des exemptions ou encore d'intervenir en dehors des procédures habituelles.

D'un côté, l'automatisation diminue les possibilités d'erreurs dans les transactions entre le public et les organisations, mais d'un autre côté, elle augmente les chances de commettre des erreurs dans d'autres secteurs (p. ex., erreur de programmation). La correction de ces fautes s'avère aussi plus difficile.

L'automatisation des organisations pourrait modifier le caractère de la criminalité dans le monde des affaires. Le vandalisme et le vol pourraient prendre des proportions beaucoup plus sérieuses que par le passé. Le vandalisme pourrait impliquer la destruction des dossiers des systèmes d'information indispensables au fonctionnement des grandes organisations.

À cause de la difficulté d'accès aux réseaux financiers, il y a moins d'occasions de vols matériels directs. Toutefois, en manipulant les opérations informatiques, on peut détourner d'importantes sommes d'argent. D'autres délits possibles comprennent le vol de temps d'ordinateur et la manipulation illégale ou l'accès aux fichiers informatiques confidentiels.

Les organismes publics et privés ayant de plus en plus accès à des dossiers personnels détaillés, cela soulève la question du respect de la confidentialité. Les fichiers de ces organisations contiennent en effet nombre d'informations sur les activités des particuliers. Une fois ces dossiers informatisés et reliés à d'autres dossiers provenant de différents fichiers, les organismes publics et privés peuvent ainsi obtenir des renseignements dont l'accessibilité entraîne une perte de confidentialité.

Certains croient que les organismes publics qui luttent contre les abus (fraudeurs de l'aide sociale et criminels) peuvent accomplir leur travail plus facilement s'ils ont accès à des renseignements détaillés. Par contre, leurs adversaires soutiennent que de telles agences peuvent être tentées de récupérer des dossiers qui n'ont rien à voir avec l'activité en cause et ainsi surveiller les activités personnelles d'un citoyen, comme si, par exemple, Revenu Canada détectait les fraudeurs fiscaux en fouillant dans les dossiers médicaux, immobiliers ou autres.

La circulation internationale des informations parmi les membres d'un grand réseau qui comprend les États-Unis, le Royaume-Uni, les pays du Commonwealth et l'Europe de l'Ouest est d'une importance particulière pour les Canadiens. Les renseignements concernant les transactions des Canadiens circulent librement au-delà des frontières et sont accessibles aux autorités d'autres pays. Les autorités législatives n'ont pas encore abordé le problème de l'utilisation abusive de ces données.

Les listes informatisées de personnes appartenant à divers groupes d'intérêt se sont avérées importantes dans la formation de coalitions politiques (notamment aux États-Unis). Ce genre de coalition peut contrebalancer la répartition des pouvoirs au sein d'un gouvernement démocratique. On en est encore à étudier la facilité avec laquelle de telles coalitions peuvent être formées et manipulées et l'effet de ce phénomène sur le processus politique. Au Canada, la création d'une coalition nationale aurait pour effet de contrecarrer la politique en matière de régionalisme.

Ces dernières années, l'informatique domestique et l'utilisation des ordinateurs personnels ont connu une croissance spectaculaire. En 1981, les Canadiens dépensent 150 millions de dollars pour l'achat d'ordinateurs personnels sur un marché informatique total de 4,1 milliards de dollars. Quatre ans plus tard, en 1985, les Canadiens dépensent 1,18 milliard de dollars pour des ordinateurs personnels sur un marché total de 7,3 milliards de dollars. En effet, durant l'année 1985, la puissance cumulative de traitement des ordinateurs personnels a dépassé celle des gros ordinateurs au Canada. (Cette croissance ne touche pas que l'informatique domestique. Beaucoup d'ordinateurs personnels sont loin d'être petits, et les ordinateurs de marque IBM et leurs compatibles dominent sur le marché des entreprises canadiennes).

En dehors du domaine des affaires, c'est dans celui de l'enseignement qu'on retrouve les premiers ordinateurs personnels. Les conseils scolaires canadiens commencent à acheter des ordinateurs en 1979 et, dès lors, leur pénétration sur le marché est très rapide. (Par exemple, les écoles de l'Alberta possédaient 265 ordinateurs en 1981 et 3535 en 1983. En 1985, plus de la moitié des écoles primaires de la Colombie-Britannique et de l'Ontario sont dotées d'ordinateurs, tandis que dans les provinces atlantiques, on note une percée de 10 à 20 p. 100. En 1983, le Québec consacre 150 millions de dollars à l'achat de 32 000 ordinateurs avant 1985.)

C'est dans le domaine des TÉLÉCOMMUNICATIONS que les ordinateurs personnels deviennent vraiment utiles pour le consommateur moyen. Ceux qui possèdent un ordinateur à la maison peuvent, à l'aide d'un téléphone et d'un modem (un appareil qui permet l'envoi de données informatiques par l'intermédiaire du téléphone), acheter des articles, recevoir les cotes de la Bourse, participer à des discussions informatiques, envoyer des messages n'importe où en Amérique du Nord, avoir accès à des banques de données (plus de 2900 dans le monde en 1985), et se procurer des logiciels dans des babillards électroniques situés dans presque toutes les villes nord-américaines.

Ces services continuent d'augmenter et présentent de l'intérêt surtout pour les scientifiques, les gens d'affaires et les informaticiens amateurs. Cependant, chaque année, de nouveaux groupes d'intérêt viennent s'ajouter à cette liste. Par exemple, le poète canadien Georges BOWERING a organisé un système de conférence qui permet à d'autres écrivains de lire et de faire la critique des oeuvres en cours.

L'impact social de l'ordinateur personnel comme complément du téléphone se manifeste dans son utilisation actuelle. À l'aide d'un logiciel peu cher, les utilisateurs transforment leur ordinateur en un babillard électronique qui leur permet de laisser et de recevoir des messages - une sorte de tableau d'affichage qui n'impose aucune limite.

Ces babillards électroniques rassemblent des groupes d'intérêt dispersés dans le monde. De tels groupes peuvent être composés d'informaticiens amateurs ou de particuliers qui s'intéressent à divers sujets, tels l'astronomie ou la conservation de l'environnement. Ces groupes d'intérêt peuvent être spéciaux ou thématiques, pour ou contre certaines questions sociales, telles que l'avortement. Certains groupes utilisent les babillards électroniques pour des activités antisociales, comme diffuser de la littérature haineuse ou de la pornographie.

Ces derniers présentent des problèmes particuliers pour les Douanes canadiennes, qui sont chargées d'empêcher que la littérature haineuse et pornographique entre au pays. Ces documents traversent maintenant les frontières américaines par le réseau téléphonique. Beaucoup de Canadiens ne sont pas d'accord avec le contenu de ces documents, bien que ce flux transfrontalier d'information ne soit pas contraire aux articles constitutionnels relatifs à la liberté d'expression.

Les réseaux téléinformatiques ressemblent à des babillards, mais sont beaucoup plus développés. De nombreux réseaux téléinformatiques ont été mis en place depuis le début des années 70. Ils se distinguent des babillards en ce qu'ils permettent à l'utilisateur de lire les discussions de groupes traitant d'un sujet commun et d'y répondre. En effet, des gens éloignés sur le plan géographique peuvent se rejoindre grâce à un thème. (Il y a un certain temps, un débat mondial impromptu concernant l'attaque aérienne en Libye a eu lieu sur le réseau téléinformatique de Byte Magazine.)

Comme d'habitude, les gens d'affaires, les scientifiques et les mordus de la technologie sont les premiers à adopter cette technologie. L'accès à des machines existantes puissantes et à bon marché permet maintenant à d'autres groupes de mettre sur pied leur propre réseau téléinformatique. Ainsi, les écologistes peuvent, par exemple, avoir accès à des séances de stratégie à l'échelle mondiale.

Les centres publics de traitement de l'information sont de nature transnationale : ils lient des groupes d'intérêt cosmopolites. Toutefois, les Canadiens participent à cette évolution. À titre d'exemple, un réseau téléinformatique très important a été créé à l'U. de Guelph par un Anglais pour une entreprise américaine. À bien des égards, de tels développements sont typiquement canadiens.


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