Origine du terme « Acadie »

L'origine de l'Acadie remonte aux voyages effectués au service du roi de France par l'explorateur italien Giovanni da Verrazzano. Celui-ci explore, en 1524–1525, la côte atlantique de l'Amérique du Nord et donne le nom d'« Arcadie », « Archadia » ou « Arcadia » en italien, à une région voisine de l'actuel État américain du Delaware. Le cartographe Bolongnini Zaltieri donne, en 1566, un nom semblable, « Larcadia », à une région située loin au nord-est de la précédente, qui deviendra la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Dans ses notes de 1524, l'explorateur portugais Estêvão Gomes inclut aussi Terre-Neuve dans la région qu'il appelle « Arcadie » (voir Acadie).

Présence française (1534-1713)

L'abondance de la morue au large de Terre-Neuve est connue longtemps avant les explorations de Jacques Cartier (voir Expéditions vikings; Histoire de la pêche commerciale). En 1534, pendant le premier de ses trois voyages au Canada, Cartier rencontre les Micmacs à la baie des Chaleurs.

Toutefois, les premiers colons français n'arrivent qu'en 1604 et sont dirigés par Pierre Du Gua De Monts et Samuel de Champlain. De Monts établit les quelque 80 colons dans l'île Sainte-Croix, sur la rivière Sainte-Croix, mais l'hiver 1604–1605 est désastreux. Au moins 36 hommes meurent du scorbut.

L'année suivante, la colonie cherche un nouvel emplacement et choisit Port-Royal. En 1607, lorsque des marchands français contestent son monopole commercial, de Monts ramène tous ses compagnons en France. Aucun colon français ne revient avant 1610. Pendant ce temps, les Français concluent des alliances avec les deux principaux peuples autochtones de l'Acadie, les Micmacs et les Malécites.

Outre les rivalités commerciales, d'autres facteurs entravent le développement de l'Acadie. En 1613, un aventurier de la Virginie, Samuel Argall, s'empare de l'Acadie et en chasse la plupart des colons. En 1621, le gouvernement appelle l'Acadie la Nova Scotia (Nouvelle-Écosse), et il y établit les colons écossais de sir William Alexander en 1629. En 1631, cependant, la France nomme Charles La Tour lieutenant général de l'Acadie. Celui-ci construit des forts au Cap-Sable et à l'embouchure du fleuve Saint-Jean (le fort La Tour, à l'emplacement actuel de Saint-Jean). Le projet d'expansion écossaise d'Alexander prend fin en 1632 avec le Traité de Saint-Germain-en-Laye qui redonne l'Acadie à la France.

Reprise de la présence et colonisation

La colonisation reprend sous la direction du gouverneur Isaac de Razilly. Celui-ci, arrivé en 1632 avec « 300 hommes d'élite », déménage la capitale de Port-Royal à La Hève, sur la côte sud de la Nouvelle-Écosse actuelle (voir Lahave). Marin de profession, Razilly s'intéresse davantage au commerce maritime qu'à l'agriculture, et cela influe sur ses choix d'endroits où établir des postes. Dès 1613, des missionnaires français participent au projet de colonisation. Dans les années 1680, des prêtres habitent dans quelques églises en bois.

Après la mort de Razilly en 1635, Charles de Menou d'Aulnay et La Tour se disputent sa succession. D'Aulnay ramène la capitale à Port-Royal, puis entreprend une guerre civile contre La Tour, qui est solidement établi dans la région. D'Aulnay est convaincu que l'avenir de la colonie réside dans le développement agricole, qui assure à la fois l'autosuffisance alimentaire et la stabilité de la population. Avant de mourir en 1650, il réussit à faire venir une vingtaine de familles, dont l'arrivée stabilise la production agricole et permet de satisfaire aux besoins en nourriture et en vêtements.

Les conflits entre la France et l'Angleterre se répercutent de nouveau sur l'Acadie lorsque celle-ci passe aux Anglais en 1654, puis revient à la France par le Traité de Breda en 1667. L'Acadie est prise en 1690 par sir William Phips, un aventurier de la Nouvelle-Angleterre, et revient encore une fois à la France par le Traité de Rryswick en 1697.

Fondation de nouvelles colonies

À partir des années 1670, des colons quittent Port-Royal pour fonder d'autres localités, dont les plus importantes sont Beaubassin (aujourd'hui Amherst, en Nouvelle-Écosse) et Grand-Pré (aujourd'hui Grand Pré, en Nouvelle-Écosse). Le premier recensement officiel, tenu en 1671, fait état d'une population acadienne de plus de 400 personnes, dont 200 à Port-Royal. En 1701, on compte environ 1 400 Acadiens; en 1711, environ 2 500; en 1750, plus de 10 000; et, en 1755, plus de 13 000 (sans compter Louisburg).

Très indépendants, les Acadiens pratiquent l'agriculture et l'élevage sur des terrains marécageux asséchés grâce à un dispositif de barrières adaptables aux marées, appelées aboiteaux, qui créent des polders utilisables pour l'agriculture. Les Acadiens pratiquent aussi la chasse, la pêche et le piégeage. Ils ont même des relations commerciales avec les colons anglais d'Amérique, même si les autorités françaises s'y opposent généralement. Ils se considèrent comme « neutres » du fait que l'Acadie a été tour à tour anglaise et française. En ne prenant pas parti, ils espèrent éviter des représailles militaires.

L'Acadie péninsulaire n'est pas la seule région du peuplement français en Atlantique. Dans les années 1660, la France fonde une colonie de pêche au poste appelé Plaisance (aujourd'hui Placentia, à Terre-Neuve). Dans les deux régions, la population française semble jouir d'un niveau de vie assez élevé. Les Acadiens peuvent vivre de façon assez autonome, parce qu'ils peuvent facilement obtenir des terres et ne sont soumis à aucune réglementation stricte. Les Mi’kmaqs contribuent de façon très importante à la survie des Acadiens. À la fin du XVIIe siècle, les peuples autochtones exercent sur eux une influence considérable de par leurs connaissances des bois et de la terre.

Aux mains des Anglais

Après la guerre de la succession d'Espagne (1701–1713), l'Acadie passe définitivement aux mains des Anglais. Le Traité d'Utrecht cède Plaisance et le territoire de « l'Acadie, délimitée par ses anciennes frontières », mais la France et l'Angleterre ne s'entendent pas sur le sens de cette délimitation. Pour les Français, ce territoire ne comprend que l'actuelle Nouvelle-Écosse péninsulaire, mais les Anglais réclament également le Nouveau-Brunswick, la Gaspésie et le Maine actuels.

Voisinage difficile (1713-1763)

Après la perte de l'« ancienne Acadie », la France travaille à développer l'île Saint-Jean (l'Île-du-Prince-Édouard) et l'île Royale (l'île du Cap-Breton), deux régions auparavant négligées. Sur l'île Royale, on choisit Louisbourg comme nouvelle capitale. Cette localité a trois fonctions : elle remplace Plaisance en tant que poste de pêche, elle assure une forte présence militaire et elle constitue un centre du commerce. L'île Saint-Jean est considérée surtout comme une annexe agricole de l'île Royale.

Bien que les dispositions du traité d'Utrecht autorisent théoriquement le départ des Acadiens, ceux-ci ne s'empressent pas d'aller s'établir dans les nouvelles colonies françaises, parce qu'on n'y trouve pas les marais qui sont essentiels à leur système agricole. Quant aux autorités britanniques de Port-Royal (rebaptisé Annapolis Royal), elles ne facilitent pas le transfert des Acadiens, mais travaillent plutôt à l'empêcher. Elles craignent, en vidant la colonie de sa population, de voir la population de l'île Royale augmenter en conséquence. Elles ont aussi besoin des agriculteurs acadiens pour fournir des vivres à la garnison.

À l'exception de la garnison qu'ils maintiennent à Port-Royal, les Anglais ne font pratiquement aucune tentative de colonisation jusqu'en 1749 dans le territoire qui a repris le nom de Nouvelle-Écosse. De 1713 à 1744, la faible présence anglaise et une paix durable permettent à la population acadienne de s'accroître à un rythme qui dépasse la moyenne pour toute cette époque. Certains historiens considèrent cette période comme l'âge d'or de l'Acadie.

L'Angleterre exige de ses sujets conquis un serment d'allégeance sans condition, mais les Acadiens ne consentent qu'à prêter un serment de neutralité. Incapable d'obtenir l'allégeance sans condition, le gouverneur Richard Philipps accepte cette semi-allégeance par convention verbale en 1729–1730.

En 1745, pendant la guerre de la succession d'Autriche, Louisbourg tombe aux mains d'un corps expéditionnaire anglais dont les forces terrestres sont formées surtout de colons de la Nouvelle-Angleterre. Toutefois, la France reprend possession de la forteresse grâce au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, au grand déplaisir des colonies de la Nouvelle-Angleterre. C'est ainsi que l'Angleterre décide de donner un caractère vraiment britannique au territoire de la Nouvelle-Écosse.

Déportation

En 1749, la capitale est transférée d'Annapolis Royal à Halifax. On choisit cet emplacement, établi pour faire contrepoids à l'influence militaire et commerciale de Louisbourg, parce qu'il est un meilleur port de mer et qu'il est éloigné des populations acadiennes. L'Angleterre prend enfin des mesures pour installer ses propres colons en Nouvelle-Écosse. Ils viennent surtout de l'Angleterre et de territoires allemands qui lui sont associés (Hanovre, Brunswick, etc.). Selon les estimations, 7 000 colons britanniques et 2 400 Allemands viennent s'établir en Nouvelle-Écosse de 1750 à 1760.

Les autorités françaises répliquent en construisant en 1751 le Fort Beauséjour (près de Sackville, au Nouveau-Brunswick) pour empêcher les Anglais de traverser l'isthme de Chignecto et d'envahir ainsi leur « nouvelle » Acadie. Les Britanniques veulent surveiller les Français et leurs alliés mi’kmaqs, et ils construisent le fort Lawrence à cette fin. Ils veulent aussi protéger les colons anglais éventuels et prévenir toute possibilité d'invasion terrestre en provenance du Canada.

La présence de Louisbourg et du Canada au nord, du fort Beauséjour à l'est et d'une population acadienne considérée comme une menace potentielle de rébellion décident les autorités britanniques de Halifax à régler une fois pour toutes la question acadienne. En refusant de prêter un serment d'allégeance sans réserve, la population risque d'être déportée. Les Britanniques commencent par s'emparer du fort Beauséjour, puis ils exigent de nouveau une promesse d'allégeance sans condition à l'Angleterre.

Les représentants acadiens, tiraillés entre les menaces anglaises et la crainte de représailles françaises et autochtones, sont sommés de comparaître devant le gouverneur Charles Lawrence. Suivant les conseils du père Le Loutre, ils refusent d'abord de prêter le serment, mais ils décident finalement d'accepter. En 1755, Lawrence, mécontent d'un serment prêté à contrecœur, entreprend la déportation.

Contexte politico-social de la déportation

La déportation a eu lieu en fonction de la situation géopolitique du temps. Ce n'était pas une décision personnelle de Lawrence. Celui-ci a appris que les troupes anglaises du général Braddock venaient d'être mises en déroute par des forces armées françaises dans la vallée de l'Ohio (voir Fort Duquesne). Les craintes d'une attaque combinée de Louisbourg et du Canada contre la Nouvelle-Écosse, à laquelle peuvent théoriquement se joindre les Acadiens et les Mi’kmaqs, explique dans une certaine mesure l'ordre de déportation.

Une fois entreprise, la déportation dure de 1755 à 1762. Les colons sont mis à bord de bateaux et déportés vers les colonies anglaises de la côte Est, aussi loin vers le sud que la Géorgie. D'autres réussissent à s'enfuir en territoire français ou à se cacher dans les forêts. Selon les estimations, les trois quarts de la population sont déportés et le reste réussit à s'enfuir. Un nombre inconnu d'Acadiens meurent de faim ou de maladie. Quelques navires remplis d'exilés font naufrage en haute mer avec leur cargaison humaine.

La guerre de Sept Ans éclate en 1756 entre la France et l'Angleterre. Les deux colonies françaises de l'île Royale et de l'île Saint-Jean tombent en 1758. Étant sujets français, leurs colons sont expulsés et renvoyés en France. À partir de l'île Saint-Jean seule, des plus de 3 000 colons déportés, la moitié aura perdu la vie par le naufrage ou la maladie. Le Traité de Paris (1763) marque définitivement la fin de la présence coloniale française dans les Maritimes et dans toute la Nouvelle-France.

Fondation d'une nouvelle Acadie (1763-1880)

Après 1763, les Maritimes s'anglicisent nettement lorsque les planters de la Nouvelle-Angleterre occupent les terres auparavant habitées par les Acadiens. Les noms français et mi’kmaqs sont presque partout remplacés par des noms anglais. Les Anglais commencent par unifier le territoire en une seule province, la Nouvelle-Écosse. Toutefois, ils en détachent en 1769 l'ancienne île Saint-Jean, qui devient une province distincte appelée Saint John's Island. Son nom actuel d'Île-du-Prince-Édouard lui sera donné en 1799. En 1784, le Nouveau-Brunswick actuel est également séparé de la Nouvelle-Écosse par suite de l'arrivée de Loyalistes américains qui réclament leur propre administration coloniale.

Quant aux Acadiens, ils commencent lentement et péniblement à se réinstaller dans leur région natale. Les Anglais leur en donnent la permission une fois qu'ils ont enfin consenti à prêter le serment d'allégeance tant contesté. Certains Acadiens exilés sont de retour, mais la nouvelle colonisation est surtout l'œuvre des fugitifs qui ont échappé à la déportation et des prisonniers de Beauséjour, de Pigiguit, de Port-Royal et de Halifax lorsqu'ils sont enfin libérés.

Des Acadiens s'établissent sur les côtes de l'île du Cap-Breton, près de l'île Madame, ainsi que sur l'île elle-même, sur la pointe sud-ouest de la péninsule de la Nouvelle-Écosse et le long de la baie St. Mary's, ainsi qu'au nord-ouest du Nouveau-Brunswick, dans le Madawaska. Un petit nombre vont habiter l'Île-du-Prince-Édouard, mais la majorité des Acadiens s'installent dans les régions de l'est du Nouveau-Brunswick.

Recul économique

Les autorités britanniques préfèrent les voir se disperser sur tout le territoire et cette directive convient aux Acadiens eux-mêmes, parce qu'elle leur permet d'éviter les régions à majorité britannique. Alors, la plupart du temps, les colons britanniques occupent les terres qui appartenaient auparavant aux Acadiens.

La plupart des Acadiens, sauf ceux de l'Île-du-Prince-Édouard et du Madawaska, ont des terres moins fertiles qu'avant, et ainsi, d'agriculteurs qu'ils étaient, ils deviennent pêcheurs et bûcherons, ne cultivant la terre que pour se nourrir. En tant que pêcheurs, ils sont exploités et réduits à une dépendance et à une pauvreté extrêmes, surtout par les compagnies de l'île Jersey.

En 1746, la couronne britannique détruit les Écossais catholiques par le massacre de Culloden. La Couronne protestante prive les Acadiens de leurs droits civils et politiques parce qu’ils sont également catholiques. Ils n'ont pas le droit de vote et ne peuvent pas être élus à l'Assemblée législative. De 1758 à 1763, ils n'ont même pas le droit légal de posséder des terres. Les Acadiens de la Nouvelle-Écosse obtiennent le droit de vote en 1789, ceux du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard, en 1810. Après 1830, ils peuvent siéger aux assemblées législatives des trois colonies suivant la promulgation de la Loi sur l'émancipation catholique.

Germes d'une nouvelle Acadie

En général, les Acadiens du début du XIXe siècle n'ont pratiquement aucune institution propre : le clergé catholique vient du Québec ou de la France et l'Église est la seule institution française dans toutes les Maritimes.

Les écoles francophones sont rares et les enseignants peu nombreux. Ceux-ci, pour la plupart, sont de simples « maîtres d'école itinérants » qui diffusent leurs connaissances de village en village. Il n'y a pas de journal francophone. Les Acadiens n'ont encore ni avocats, ni médecins, ni classe moyenne d'aucune sorte. Toutefois, consciemment ou non, ils plantent les germes d'une nouvelle Acadie sans aucune aide de l'État.

Au début du XIXe siècle, on compte 4 000 Acadiens en Nouvelle-Écosse, 700 à l'Île-du-Prince-Édouard et 3 800 au Nouveau-Brunswick. Pendant ce siècle, leur implantation et leur croissance sont remarquables : ils sont environ 87 000 au moment de la Confédération et 140 000 au tournant du siècle.

Formation d'une conscience collective

Les Acadiens commencent à s'exprimer en tant que peuple dans les années 1830 et élisent leurs premiers députés aux assemblées législatives des trois provinces Maritimes dans les années 1840 et dans les années 1850. Le poème Évangéline (1847), de l'écrivain américain Henry W. Longfellow, est traduit plusieurs fois en français et exerce une influence indéniable.

En Acadie même, un prêtre né au Québec, François-Xavier Lafrance, ouvre en 1854 le premier établissement d'enseignement supérieur de langue française, le Séminaire Saint-Thomas, au Nouveau-Brunswick. Celui-ci ferme ses portes en 1862, mais il est rouvert deux ans plus tard par des prêtres québécois de la Congrégation de Sainte-Croix et devient le Collège Saint-Joseph (intégré plus tard à l'Université de Moncton). Vient ensuite, en 1867, la fondation à Shédiac, au Nouveau-Brunswick, du premier journal francophone des Maritimes, Le Moniteur Acadien. D'autres journaux suivront : L'Évangéline, le plus durable, à Digby en Nouvelle-Écosse, de 1887 à 1982, et L'Impartial, fondé en 1893 à Tignish, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Des communautés religieuses féminines viennent également en Acadie et y jouent un rôle essentiel dans l'éducation et les soins de santé. Des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, venues de Montréal, ouvrent des pensionnats à l'Île-du-Prince-Édouard (Miscouche, 1864; Tignish, 1868). En 1868, les Soeurs de Saint-Joseph prennent la direction de la léproserie de Tracadie (aujourd'hui Tracadie-Sheila), au Nouveau-Brunswick. Elles s'établissent aussi à Saint-Basile, au Nouveau-Brunswick, où leur pensionnat deviendra plus tard le Collège Maillet.

Juste avant la Confédération, les Acadiens se font entendre avec éclat sur la scène politique des Maritimes. Au Nouveau-Brunswick, ils votent en majorité contre la Confédération à deux reprises. Bien que de nombreux politiciens les accusent d'être réactionnaires, il faut remarquer que les Acadiens ne sont pas les seuls dans les Maritimes à s'opposer à la Confédération.

Époque nationaliste (1881-1950)

Dans les années 1860, une classe moyenne acadienne est en voie de s'établir. Bien que le Collège Saint-Joseph et le Collège Sainte-Anne, fondé en 1890 à Pointe-de-l'Église en Nouvelle-Écosse, contribuent indéniablement à la formation d'une élite instruite, l'Acadie compte au moins quatre catégories d'élite. Les deux plus en vue sont le clergé et les membres des professions libérales (les avocats et les médecins). Toutefois, même si les agriculteurs et les commerçants acadiens ne bénéficient pas d'un capital considérable comme leurs homologues anglophones, bon nombre d'entre eux réussissent tout de même à se distinguer.

Les conventions nationales acadiennes tenues à partir de 1881 sont des tribunes publiques qui permettent aux Acadiens de parvenir à un consensus sur des projets importants comme la promotion du développement agricole, l'éducation en français et la mise en place d'un clergé catholique acadien. Jusqu'en 1930, de telles assemblées se tiennent de manière intermittente dans différentes localités acadiennes.

Les Acadiens fondent la Société nationale de l'Acadie, qui a pour but de promouvoir le fait français. L'Acadie se dote ainsi de symboles nationaux : un drapeau (le drapeau tricolore français auquel est ajoutée une étoile jaune sur la bande bleue), une fête nationale (l'Assomption, célébrée le 15 août), une devise (L'union fait la force) et un hymne national (Ave Maris Stella). L'une des plus grandes victoires acadiennes est la nomination de Mgr Édouard Le Blanc comme premier évêque acadien en 1912.

De 1881 à 1925, au moins trois communautés de religieuses acadiennes sont aussi constituées. Les couvents dirigés par ces religieuses contribuent beaucoup à améliorer l'éducation des Acadiennes et à rehausser la vie culturelle de la collectivité. Ces communautés fondent également les premiers collèges pour jeunes filles en Acadie, au Nouveau-Brunswick : à Memramcook, en 1913; à Saint-Basile, en 1949; et à Shippagan, en 1960.

Vers l'urbanisation

Cette période se caractérise également par une importante évolution socioéconomique : l'intégration complète des Acadiens dans le processus d'industrialisation et d'urbanisation canadien. Bien que l'exode rural soit moins prononcé chez les Acadiens que dans d'autres régions du Canada, un grand nombre d'Acadiens vont néanmoins s'établir à Moncton, à Yarmouth, à Amherst et dans les villes de la Nouvelle-Angleterre, où les hommes travaillent dans des usines et les femmes dans des filatures.

Certains membres de l'élite acadienne estiment qu'une telle évolution crée un danger d'assimilation à la masse anglo-saxonne. De 1880 à 1940, des mouvements de colonisation cherchent à freiner l'exode de la population, à détourner les Acadiens de l'industrie de la pêche, qui appartient en majeure partie à des compagnies étrangères, et à aider les familles à faire face aux conditions difficiles de la Crise des années 30. Le mouvement coopératif (voir Mouvement d'Antigonish), pendant les années 30, permet enfin aux pêcheurs exploités pendant des générations de travailler de façon autonome.

Certaines différences régionales se manifestent aussi. Les Acadiens du Nouveau-Brunswick, plus nombreux, prennent l'initiative de parler au nom des Acadiens en général.

Reconnaissance culturelle

Dans les années 50, les Acadiens commencent à faire largement sentir leur présence dans l'économie, la politique et la culture des provinces Maritimes. En préservant leurs valeurs et leur culture à la maison, ils peuvent mettre sur pied un système d'éducation francophone, surtout au Nouveau-Brunswick. La vitalité et l'originalité de leur culture les protègent contre les ravages de l'assimilation et les aident à être reconnus en tant que population minoritaire dans les Maritimes.

Sur le plan des atouts, la quasi-totalité de la population acadienne a accès à une éducation francophone. l'Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse, l'Université de Moncton au Nouveau-Brunswick donnent aux francophones le choix de deux institutions post-secondaires offrant des programmes complets en français. Le gouvernement libéral du premier ministre Louis B. Robichaud a fait du Nouveau-Brunswick une province officiellement bilingue en 1969 (ce qui ne garantit pas toutefois les services municipaux en français).

Toutes ces victoires ne garantissent pas leur survie. Dans les années 60, le mouvement souverainiste du Québec et un mouvement d'opposition au bilinguisme dans l'Ouest se font sentir sur la scène nationale. Ironiquement, comme dans les années 1750, les Acadiens sont pris entre deux feux. Néanmoins, ils ont pu faire des progrès en vue de préserver leurs droits.

Voir aussi Acadie contemporaine; Culture de l'Acadie.